La libération de Jacques Moretti, vendredi, a sidéré au-delà des frontières suisses. La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a exprimé ce samedi 24 janvier «la vive indignation du gouvernement et de l’Italie». Meloni et son chef de la diplomatie, Antonio Tajani, «ont donné instruction à l’ambassadeur d’Italie en Suisse […] de prendre immédiatement contact avec la procureure générale du canton du Valais Béatrice Pilloud afin de lui faire part de la vive indignation du gouvernement et de l’Italie» face à la décision de la justice suisse de libérer le propriétaire du Constellation contre une caution de 200 000 francs suisses (environ 215 000 euros), selon un communiqué des services de Giorgia Meloni.
Et Rome a rappelé son ambassadeur en Suisse pour «définir les mesures supplémentaires à prendre», selon ce communiqué. Six jeunes Italiens ont trouvé la mort dans cet incendie le soir du Nouvel An et plus d’une dizaine ont été grièvement blessés.
Reportage
Giorgia Meloni et Antonio Tajani pointent également du doigt «la gravité extrême du crime» dont Jacques Moretti est soupçonné, «les lourdes responsabilités qui pèsent sur lui, le risque persistant de fuite et le risque évident de nouvelle altération des preuves».
«Cette décision représente une grave offense et une nouvelle blessure infligée aux familles des victimes de la tragédie de Crans-Montana et à ceux qui sont encore hospitalisés», poursuit le communiqué.
«Toute l’Italie réclame à grands cris la vérité et la justice, et demande que, à la suite de cette catastrophe, des mesures respectueuses soient prises, qui tiennent pleinement compte des souffrances et des attentes des familles», selon la même source.
Les familles indignées
La procureure suisse a pour sa part expliqué que la libération de Jacques Moretti n’était pas une décision prise par elle. «Je confirme avoir été contactée par l’ambassadeur d’Italie en Suisse ce matin vers 10 heures. Je lui ai expliqué qu’il ne s’agissait pas de ma décision, mais de celle du Tribunal des mesures de contrainte», a déclaré Béatrice Pilloud à l’agence de presse suisse Keystone-ATS.
Elle ajoute lui avoir «proposé de prendre contact avec le tribunal ou avec les autorités fédérales, soit le Conseil fédéral ou l’Office fédéral de justice (OFJ)», selon la même source. «Je ne veux pas être responsable d’un incident diplomatique entre nos deux pays. Je ne céderai pas à une éventuelle pression des autorités italiennes, raison pour laquelle j’ai conseillé Monsieur l’Ambassadeur de s’adresser aux autorités politiques suisses», a conclu la procureure.
Les vives réactions du côté de l’Italie s’ajoutent à celles des familles des victimes, également indignées par cette décision. «Un scandale et une honte à l’égard des victimes et de leurs familles», avait réagi vendredi Me Jean-Luc Addor, qui représente les proches d’un adolescent décédé dans le drame de la station des Alpes. Tandis que Me Romain Jordan, autre avocat de plusieurs familles de victimes, avait ajouté : «Mes clients relèvent qu’une nouvelle fois il n’est émis aucune considération sur le risque de collusion et de disparition des preuves.»




