«Ces déclarations inacceptables n’appellent aucun commentaire.» Emmanuel Macron a réagi, via son entourage ce samedi 24 janvier, aux propos de Donald Trump concernant l’engagement européen en Afghanistan. Dans une interview jeudi à la chaîne américaine Fox News, le président américain a critiqué le rôle des autres pays membres de l’Otan durant les 20 ans de conflit en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001, affirmant que les alliés étaient «restés un peu loin des lignes de front» et que les États-Unis n’ont «jamais eu besoin d’eux».
«C’est aux familles de soldats tombés que le chef de l’État souhaite apporter du réconfort et redire la reconnaissance et la mémoire respectueuse de la nation», a encore dit l’entourage du président français. La France est restée engagée militairement en Afghanistan de 2001 à 2014. Elle a déploré 89 morts et plus de 700 blessés sur ce théâtre d’opérations.
Plusieurs autres pays européens se sont indignés des propos du président américain, qu’il s’agisse du Royaume-Uni, de l’Italie, de l’Allemagne ou du Danemark. Des propos «insultants» et «franchement consternants» a dénoncé le Premier ministre britannique Keir Starmer, vendredi 23 janvier.
Interview
«Je considère les propos du président Trump comme insultants et franchement consternants, et je ne suis pas surpris qu’ils aient causé une telle souffrance aux proches des personnes tuées ou blessées» en Afghanistan, a déclaré Keir Starmer aux chaînes de télévision britanniques. «Si j’avais prononcé ces mots, je m’excuserais certainement», a-t-il ajouté.
«Commentaires honteux»
Le dirigeant travailliste a rendu hommage aux 457 soldats britanniques qui ont perdu la vie et aux «nombreux autres qui ont été blessés» en Afghanistan. «Je n’oublierai jamais leur courage, leur bravoure et le sacrifice qu’ils ont fait pour leur pays», a-t-il dit.
Plus de 150 000 membres des forces armées britanniques ont été déployés dans le pays entre septembre 2001 et août 2021. Le Royaume-Uni est la nation ayant enregistré le plus de pertes en Afghanistan derrière les Etats-Unis, qui y ont perdu plus de 2 400 soldats, soit un ratio comparable par rapport à la population des deux pays.
Le ministre de la Défense, John Healey, et la ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper, ont eux aussi rappelé les pertes britanniques. La cheffe de l’opposition conservatrice, Kemi Badenoch, a quant à elle dénoncé sur X les «commentaires honteux» du président américain, estimant qu’ils «sont erronés sur le plan factuel, affaiblissent l’Otan et dénigrent la mémoire [des] courageux soldats qui ont servi dans ce pays».
Même le leader du parti anti-immigration Reform UK, Nigel Farage, pourtant fervent supporteur de Donald Trump, a jugé que le républicain faisait «erreur». «Pendant vingt ans, nos forces armées ont combattu courageusement aux côtés des forces américaines», a-t-il souligné.
«Le service et le sacrifice du personnel britannique en Afghanistan ne peuvent être remis en question, et nous condamnons tout commentaire qui sape leur contribution extraordinaire», a commenté la Royal British Legion, organisation de soutien aux anciens combattants. Dernière réaction et non des moindres, celle du prince Harry, qui a servi en Afghanistan comme pilote d’hélicoptère, au point d’être menacé de mort par des factions talibanes : «Ces sacrifices méritent d’être évoqués avec véracité et respect.»
Rétropédalage trumpien
Face à ce concert de critiques britanniques, Donald Trump a fait machine arrière en saluant, ce samedi, le rôle des soldats britanniques lors de la guerre d’Afghanistan. «Les GRANDS et TRES BRAVES soldats du Royaume-Uni seront toujours aux côtés des Etats-Unis d’Amérique! En Afghanistan, 457 sont mots, beaucoup ont été gravement blessés, et ils figuraient parmi les plus grands guerriers. C’est un lien bien trop fort pour être jamais rompu», a déclaré le président américain sur sa plateforme Truth Social.
Interrogée sur les virulentes critiques de Keir Starmer après les propos de Donald Trump, la Maison Blanche, sans répondre directement, avait pourtant répliqué dans la soirée de vendredi que «les Etats-Unis avaient plus fait pour l’Otan que tous les autres». «Le président Trump a entièrement raison – les Etats-Unis ont plus fait pour l’Otan que tous les autres pays de l’alliance combinés», avait déclaré Taylor Rogers, une porte-parole.
Indignation en Allemagne et au Danemark
Les réactions sont aussi venues d’Allemagne, via son ministre de la Défense, Boris Pistorius. Ce dernier a défendu ce samedi après-midi l’engagement de la Bundeswehr en Afghanistan, rappelant le «lourd tribut» payé par son pays. «Notre armée était prête lorsque nos alliés américains ont demandé du soutien après l’attentat terroriste islamiste de 2001», a-t-il déclaré via le canal WhatsApp de son ministère.
L’Allemagne a payé «un lourd tribut pour cet engagement : 59 soldats et trois policiers ont perdu la vie lors de combats, d’attentats ou d’accidents», a précisé le ministre. «De nombreux blessés souffrent encore aujourd’hui des séquelles physiques et psychologiques de cette période», selon Pistorius, qui promet : «Nous honorerons l’engagement et le courage de nos soldats en Afghanistan, quelles que soient les critiques.»
Un peu plus tôt dans la journée, c’est la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, qui s’est indignée sur Facebook. «Il est insupportable que le président américain remette en question l’engagement des soldats alliés en Afghanistan», a-t-elle fustigé. «Je comprends bien que les vétérans danois aient déclaré qu’aucun mot ne peut décrire à quel point cela fait mal», a-t-elle ajouté. Des vétérans danois qui ont appelé à manifester leur colère le 31 janvier contre les accusations de Trump. «Les mots nous manquent. Le Danemark a toujours été aux côtés des Etats-Unis, et nous avons répondu présent dans les zones de crise à travers le monde lorsque les Etats-Unis nous l’ont demandé», a écrit leur association dans un communiqué.




