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Italie : les députés votent à l’unanimité pour faire du féminicide un crime passible d’une peine de prison à vie

Le texte, fruit d’une initiative gouvernementale et déjà approuvé par le Sénat en juillet, a recueilli 237 voix pour et aucun vote contre.

Une performance de la Compagnia Nazionale Del Balletto lors de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, à Rome, le 25 novembre 2025. (Andreas Solaro/AFP)
Publié le 26/11/2025 à 11h30

C’est un signal fort envoyé par l’Italie, à l’occasion de la journée consacrée à l’élimination de la violence à l’égard des femmes dans le monde. Ce mardi 25 novembre, les députés italiens ont adopté à l’unanimité la loi introduisant le crime de féminicide comme un crime distinct dans le code pénal, passible d’une peine de prison à vie. Le texte, fruit d’une initiative gouvernementale et déjà approuvé par le Sénat en juillet, a recueilli 237 voix pour et aucun vote contre.

Cette loi, soutenue par le gouvernement d’extrême droite de la Première ministre Giorgia Meloni, fait suite à une série de meurtres et autres violences visant les femmes en Italie. Elle prévoit des mesures renforcées contre les crimes sexistes, notamment le harcèlement et la diffusion non consensuelle d’images intimes.

«Réclusion à perpétuité»

Jusqu’à présent, le code pénal italien prévoyait des circonstances aggravantes en cas de meurtre ou assassinat d’une femme, mais uniquement si son auteur était marié ou présentait un lien de parenté avec la victime. Le nouvel article du code pénal promu par cette loi introduit une catégorie spécifique d’homicide «fondé sur les caractéristiques de la victime», peut-on lire dans le dossier de présentation du projet de loi. «Parler de tels crimes comme étant enracinés dans un amour exaspéré ou une jalousie exacerbée est une distorsion – qui utilise des termes romantiques et culturellement acceptables», a argumenté la juge Paola di Nicola, l’une des auteures de la nouvelle loi, soulignant son importance, rapporte la BBC.

«L’article 577 bis, paragraphe 1 du Code pénal […] punit de la réclusion à perpétuité les actes ayant pour but de causer la mort d’une femme, par discrimination, haine ou violence, ainsi que par des actes de contrôle, de possession ou de domination sur la victime en raison de son sexe, ou le meurtre commis en lien avec le refus de la femme d’établir ou de maintenir une relation affective, ou comme atteinte à ses libertés individuelles», ajoute le document.

«Cohésion politique contre la barbarie»

L’idée d’une loi sur le féminicide avait déjà été évoquée en Italie, mais il aura fallu que le meurtre de Giulia Cecchettin par son petit ami fin novembre 2023 bouleverse suffisamment le pays pour que sa classe politique agisse. La jeune femme de 22 ans avait été poignardée à mort par Filippo Turetta, qui a ensuite enveloppé son corps dans des sacs et l’a abandonné au bord d’un lac. Si le crime a choqué – faisant la une des journaux internationaux –, c’est la prise de parole de la sœur de Giulia qui a marqué les esprits, rappelle la BBC. «Le meurtrier n’est pas un monstre», avait-elle déclaré, mais «le fils bien portant d’une société profondément patriarcale». Des mots qui ont mobilisé les foules en Italie, réclamant le changement.

«C’est un signe important de cohésion politique contre la barbarie et les violences faites aux femmes», s’est félicitée après l’adoption de la loi la Première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni, estimant qu’il s’agissait d’un «instrument supplémentaire» pour «défendre la liberté et la dignité de chaque femme».

L’Italie rejoint ainsi Chypre, Malte et la Croatie parmi les Etats membres de l’UE ayant introduit une définition juridique du féminicide dans leur code pénal. L’absence de définition mondiale consensuelle du féminicide, rend difficile le dénombrement et la comparaison des statistiques. D’après les données publiées par l’Institut national des statistiques (Istat) en cette Journée internationale contre les violences faites aux femmes, sur les 327 homicides recensés en 2024 en Italie, 116 ont concerné des victimes féminines, un chiffre stable par rapport à 2023. Dans 92,2 % des cas, elles ont été tuées par un homme.

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