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«Je pouvais parfois voir les os sous ma peau» : trois prisonniers politiques bélarusses racontent les cachots de Loukachenko

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Décidée à l’issue de tractations entre Washington et Minsk, les libérations de décembre ont permis à 123 détenus politiques bélarusses de recouvrer la liberté. Exilés en Pologne, trois d’entre eux se confient sur la machine carcérale du régime.

Parmi les prisonniers libérés le 13 décembre, la journaliste Maryna Zolatava, 48 ans. Ici à droite, le 18 décembre à Varsovie, en compagnie de deux autres ex-détenus. (Volha Shukaila/SOPA Images via Getty)
ParPatrice Senécal
correspondant à Varsovie
Publié aujourd'hui à 17h19

L’éclat soudain d’une lampe torche lui soulève les paupières, alourdies de sommeil. Il fait sombre, entre les murs froids de la colonie pénitentiaire n°15 de Moguilev en ce petit matin du 13 décembre 2025. Mais pourquoi donc ce réveil impromptu, dix minutes avant l’heure cadencée, comme chaque matin, dans cette prison de l’est du Bélarus ? A ses côtés, les codétenus dorment toujours quand Sergueï Ivantsov voit un gardien s’approcher. Et de lui lancer : «Habille-toi, fais tes affaires, tu as une minute.» Franchissant le seuil de la cellule assoupie, le prisonnier est maintenu dans l’ignorance. S’apprête-t-on, de nouveau, à le transbahuter dans un autre centre de détention ? A le jeter en cellule disciplinaire, isolé de tout ?

A la vue d’une poignée de détenus dans un couloir, traînant eux aussi quelques affaires, Sergueï Ivantsov comprend ; aujourd’hui, il n’aura pas à scier ou assembler des palettes de bois, comme le prévoit le labeur forcé de la colonie n°15. Aujourd’hui, il est libre. Enfin, presque. Le voilà qui prend place dans un car, les mains liées dans son dos, les yeux masqués, pour six heures de trajet. Il fait partie

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