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«Je veux réaffirmer ma solidarité avec le peuple palestinien» : l’écrivaine irlandaise Sally Rooney empêchée de recevoir un prix littéraire à Londres

Risquant l’arrestation sur le sol britannique en raison de son soutien à Palestine Action, une organisation classée «terroriste» par Londres, la lauréate du prix «Sky Arts Awards for literature» pour son roman «Intermezzo» n’a pas pu recevoir sa récompense.

Sally Rooney à la foire du livre de Gothenburg, en septembre 2024. (Fredrik Sandberg/TT News Agency via AFP)
Publié le 18/09/2025 à 18h26

Une salle de concert iconique, un prix littéraire ultra-prestigieux, une cérémonie avec tapis rouge… et une gagnante absente. L’autrice irlandaise Sally Rooney, dont le quatrième roman Intermezzo a remporté le «Sky Art Awards for literature», n’a pas pu se rendre à la célèbre Roundhouse de Londres pour se voir remettre son prix. Et pour cause, il lui a été signifié qu’elle pourrait être arrêtée si elle revenait sur le sol britannique, en raison de son soutien affiché pour le groupe de désobéissance civile Palestine Action, classé comme «organisation terroriste» au Royaume-Uni.

En son absence, c’est son éditeur, Alex Bowler, qui a reçu la récompense à sa place. L’occasion de lire un message rédigé par l’autrice, qui explique que du fait de son soutien à «une manifestation pacifiste non-violente», elle ne peut plus rejoindre le pays sans prendre le risque d’être arrêtée. «Je veux réaffirmer ma foi en la dignité et la beauté de toute vie humaine, ainsi que ma solidarité avec le peuple palestinien», a-t-elle écrit.

Plus de 1 600 partisans de Palestine Action arrêtés

Au mois d’août, Sally Rooney avait annoncé dans une tribune son intention «d’utiliser [s] es revenus issus de [s] on travail, et [s] a notoriété de manière plus large, pour soutenir Palestine Action». Interrogé lundi 18 août sur le sujet, un porte-parole du Premier ministre britannique Keir Starmer n’a pas souhaité commenter le cas précis de l’autrice, mais a réaffirmé que «le soutien à une organisation interdite constitue une infraction en vertu de la loi sur le terrorisme» et que «la police, comme elle l’a indiqué, appliquera la loi».

L’interdiction de Palestine Action a été réclamée par le dirigeant travailliste, suite à l’infiltration par des militants du groupe d’une base de l’armée de l’air le 20 juin. Aucune violence, mais une facture de 7 millions de livres suite à des actes de vandalisme. Le Parlement a approuvé la demande du chef du gouvernement ; une décision jugée «disproportionnée et pas indispensable» par le Haut-Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Volker Türk. Plus de 1 600 personnes ont été arrêtées pour avoir soutenu le groupe depuis son interdiction.

Sally Rooney n’est pas la seule artiste irlandaise à s’engager pour la cause palestinienne. Lors de leur tournée des festivals cet été, les musiciens de Fontaines D.C. affichaient le message «Israël commet un génocide» sur scène, et faisaient répéter «Free free, Palestine !» à leur public. Même tonalité pour les trois rappeurs nord-irlandais du groupe Kneecap.

«Ces prises de position s’expliquent par le fait que les Irlandais, en général, s’intéressent au lien entre la colonisation de l’Irlande et celle de la Palestine. Et la comparaison est assez directe», analyse Eoghan Ó Ceannabháin, activiste et musicien irlandais, lui-même membre du parti de gauche radicale People Before Profit. L’Irlande s’impose comme l’un des pays européens les plus pro-Palestine, et Sally Rooney ne compte pas déroger à la règle.

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