C’est l’histoire d’une mère célibataire d’origine modeste qui, après avoir rencontré un prince dans un festival, accédé à la royauté norvégienne. Après une jeunesse marquée par la fête, la princesse Mette-Marit, épouse du prince héritier Haakon et donc future reine de Norvège, avait conquis le cœur des Norvégiens. Mais les échanges soutenus entre la future reine et le financier américain Jeffrey Epstein, révélés ce week-end dans la presse norvégienne, ont révélé entre eux une complicité insoupçonnée qui choque dans le pays nordique. Le patron des JO de Los Angeles, Elon Musk, l’ex-prince Andrew… La princesse allonge ainsi la liste des personnalités publiques dont la réputation est entachée par la publication, vendredi 30 janvier, par le ministère américain de la Justice de trois millions de pages de documents.
Parmi elles, le nom Mette-Marit apparaît au moins un millier de fois, selon le journal norvégien Verdens Gang (VG). Ces échanges courent entre 2011 et 2014, soit après la condamnation de Jeffrey Epstein en 2008 à un peu plus d‘un an de prison pour recours à des prostituées mineures. La princesse en a d’ailleurs conscience : en 2011, elle lui avait confié l’avoir «googlé», puis fait remarquer «ça n’a[vait] pas fait une très bonne impression», ponctuant sa phrase d’un smiley.
«Très charmant»
Autre échange gênant, en particulier avec un pédocriminel condamné, celui qui voit la princesse demander au «très charmant» Epstein s’il est «inapproprié pour une mère de suggérer, comme fond d’écran pour son fils de 15 ans, une image de deux femmes nues portant une planche de surf». En 2012, alors que Jeffrey Epstein dit être à Paris «en quête d’une épouse», elle lui répond que la capitale française est «bien pour l’adultère» mais que «les Scandinaves [font] de meilleures femmes». Puis, l’année suivante, elle loge quatre jours au domicile du milliardaire en Floride.
Le Premier ministre Jonas Gahr Støre a appelé la princesse à s’expliquer sur le contenu de ces multiples courriels avec le criminel sexuel américain, qui s’est suicidé en prison en 2019. Des commentateurs se demandent même si elle pourra un jour accéder au trône. D’autres estiment que la monarchie norvégienne pourrait être menacée, rapporte VG ce dimanche 1er février.
La princesse a admis avoir «commis une erreur de jugement». «Je regrette profondément avoir eu le moindre contact avec Epstein. C’est tout simplement embarrassant», a-t-elle dit dans une déclaration transmise par le Palais royal à l’AFP. «Je tiens à exprimer ma profonde sympathie et ma solidarité avec les victimes des abus commis par Jeffrey Epstein», a-t-elle déclaré vendredi 30 janvier, rapporte VG.
«Vie dissolue»
Ces révélations entachent la réputation de la princesse, qui plus est à un moment critique : ce mardi 3 février s’ouvre en effet le procès de son fils Marius Borg Høiby, né d’une brève relation antérieure à son mariage avec Haakon. Le jeune homme de 29 ans doit répondre à partir de mardi de 38 chefs d’accusation, dont quatre viols et des violences contre d’ex-compagnes, qui pourraient lui valoir plusieurs années de prison s’il était reconnu coupable. Høiby, arrêté ce dimanche soir pour des soupçons de menaces avec un couteau notamment, comparaitra détenu.
Née le 19 août 1973 d’un père ayant des problèmes d’alcool et d’une mère employée de banque à Kristiansand, au sud de la Norvège, dans la «Bible Belt» du pays protestant, Mette-Marit Tjessem Høiby a connu une ascension sociale prodigieuse. Selon ses propres mots, elle est «l’adolescente la plus consciencieuse au monde», «très gentille» et «conformiste» jusqu’à ses 16 ans et un échange scolaire en Australie.
De retour au pays, elle se rase le crâne, se fiance avec un homme qui l’introduit au milieu de la musique house à Oslo. Elle aurait alors consommé du haschich et de l’ecstasy, selon une biographie non officielle. Elle donne naissance à un garçon, Marius, avec un autre homme. Lors d’une conférence de presse expiatoire, juste avant son mariage avec Haakon en août 2001, elle admet avoir eu une vie dissolue. «Ma rébellion d’adolescente a été plus forte que pour beaucoup de personnes», dit-elle. «J’étais dans un milieu où de nombreuses limites ont été […] dépassées.»
Transplantation à venir
C’est en 1999, lors d’un festival de musique près de Kristiansand, une ville au sud du pays, que Mette-Marit fait connaissance avec Haakon. La serveuse de restaurant, d’apparence réservée en public, conquiert le cœur du futur roi, puis celui des Norvégiens qui passent l’éponge sur son passé dissolu. De son mariage avec Haakon naîtront deux enfants, la princesse Ingrid Alexandra et le prince Sverre Magnus.
La famille royale norvégienne n’est pas étrangère aux profils atypiques : ayant lui-même dû ferrailler dur pour obtenir le droit de se marier avec une roturière, le roi Harald, actuellement sur le trône, accepte de bonne grâce la différence.
Ce parcours qui fait fantasmer tant de Norvégiens en 2018 se heurte à une nouvelle dramatique. En octobre 2018, le couple princier annonce à la télévision que Mette-Marit souffre d’une forme rare de fibrose pulmonaire, une maladie incurable des poumons qui provoque des gênes respiratoires. Cette condition qui l’oblige par moments à alléger, voire suspendre ses engagements officiels, va probablement la contraindre à subir une périlleuse transplantation pulmonaire. Elle n’assistera pas au procès de son fils et a annoncé qu’elle sera en voyage privé.




