Il y a quelque chose de Gotham City dans l’horizon de Pozniaky. Dans cet immense quartier résidentiel tout en hauteur, des centaines d’immeubles interminables aux flèches parfois fantasmagoriques se sont fichées dans les années 90, des deux côtés de l’autoroute qui mène à l’aéroport international de Kyiv-Boryspil, désormais fermé. A moins que ce soit le soleil qui se réverbère dans les innombrables fenêtres qui joue des tours et provoque des mirages. Depuis plusieurs jours, les températures dans la région flirtent avec les 40 °C à l’ombre, une onde de chaleur remontée d’Afrique, paraît-il. Fuyant l’asphalte brûlant et la cocotte des appartements, les banlieusards promènent leurs enfants dans les nombreux centres commerciaux.
Editorial
Samedi après-midi, dans River Mall, un des plus gros temples commerciaux de la rive gauche, les ascenseurs sont à l’arrêt, les clients serpentent dans les escaliers de service ou se croisent dans les escalators. Dans les enseignes de sport, plongées dans l’obscurité, les vendeurs sont assis sur les poufs. D’autres magasins se sont mis sur courant alternatif. «Désolé, on n’a plus de glace, les frigos sont éteints», soupire un vendeur de limonades et de cocktails sans alcool. Dans la boutique de chaussures de Nataliia, les clients essaient les sandales en plastique dans l’obscurité, à la lueur de lampes torches. «Le terminal CB ne marche pas, alors je dis aux gens de me transférer l’argent par téléphone, quand ça passe», explique la vendeuse.
D




