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La France remet en liberté le militant antifasciste «Gino» avant son possible transfert vers l’Allemagne

Le trentenaire d’origine albanaise était en détention depuis la mi-décembre en raison d’un mandat d’arrêt allemand pour cinq agressions commises en Hongrie sur des Allemands. En mars, la France avait refusé de le remettre à Budapest, craignant qu’il subisse «un traitement inhumain» en prison.

«Gino», à Paris, le 3 avril 2025. (Julien Jaulin/Julien Jaulin)
Publié le 24/12/2025 à 18h19

Le militant antifasciste albanais, surnommé «Gino», que la France avait refusé de remettre à la Hongrie par crainte pour ses droits fondamentaux, et qui est désormais réclamé par l’Allemagne, a obtenu ce mercredi 24 décembre sa remise en liberté sous contrôle judiciaire.

Rexhino Abazaj alias «Gino», 33 ans, fait partie d’un groupe de militants antifascistes accusés par la Hongrie de violences sur des militants d’extrême droite en marge du «Jour de l’honneur», une commémoration annuelle hongroise organisée par les néonazis.

CDI d’ouvrier et projet de mariage

La Hongrie a émis un mandat d’arrêt européen à son encontre, mais la France avait refusé en mars dernier de le remettre à Budapest, invoquant «des risques» d’un «traitement inhumain» en prison et l’incertitude de lui garantir un procès équitable dans ce pays de l’Union européenne.

Il vivait depuis à l’abri des poursuites hongroises, à Paris, avec un CDI d’ouvrier et un projet de mariage. Jusqu’à la mi-décembre, lorsque la police antiterroriste l’arrête et lui apprend qu’il fait l’objet d’un nouveau mandat d’arrêt européen, pour violences contre des militants d’extrême droite allemands, émis le 5 mai par l’Allemagne.

Mercredi, son avocat Youri Krassoulia a obtenu devant la cour d’appel de Paris sa remise en liberté, dans l’attente d’un examen le 28 janvier de son possible transfert vers l’Allemagne. Il y encourt dix ans de prison.

L’homme «est recherché par les autorités allemandes pour des faits graves» commis en Hongrie sur des militants d’extrême droite de nationalité allemande, a fait valoir l’avocate générale qui s’opposait à sa remise en liberté. Selon les autorités hongroises, «Gino» fait partie d’un «groupe organisé» d’une quinzaine de personnes qui aurait commis cinq agressions distinctes sur des membres de l’extrême droite pendant leur séjour à Budapest.

Leur sort a pris un tournant politique alors que le Premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orbán s’est engagé à réprimer la «violence d’extrême gauche», et cherche à obtenir leur transfert depuis plusieurs pays européens.

L’Italie a refusé de livrer à Budapest l’un de ses ressortissants, Gabriele Marchesi, comme la France l’avait fait pour «Gino». Une autre Italienne, Ilaria Salis, qui était apparue devant la justice hongroise enchaînée et pieds liés, a pu être libérée après avoir été élue eurodéputée, un mandat qui lui confère une immunité.

Plutôt l’Allemagne que la Hongrie

D’autres militants ont préféré se rendre aux autorités allemandes plutôt que de risquer un procès à Budapest. L’Allemagne a jugé certains de ces antifas, prononçant en septembre 2025 une peine de cinq ans de prison à l’encontre de Hanna S., une militante allemande. Mais le pays a surtout consenti à remettre l’un de ces activistes, de nationalité allemande, Maja T., à la Hongrie, où son procès doit se poursuivre en janvier 2026.

Ce transfert, sévèrement critiqué par la Cour constitutionnelle allemande, alimente les craintes de «Gino» d’être un jour remis à la Hongrie, si le mandat d’arrêt européen émis par l’Allemagne est mis à exécution.

Militant pour le droit au logement, «Gino» «a fait confiance à la justice française», a commenté à l’issue de l’audience Me Krassoulia auprès de l’AFP. Les juges «doivent le protéger d’un procès politique, et d’un mouvement plus global de répression des mouvements antifascistes en Europe», dont certains ont été placés mi-novembre par le président américain Donald Trump sur sa liste noire des organisations «terroristes».

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