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Le Danemark adopte une loi controversée interdisant les autodafés du Coran

Après l’adoption du texte ce jeudi 7 décembre par le Parlement danois, profaner un texte religieux sacré sera passible d’une peine de deux ans d’emprisonnement. Une décision contestée par l’opposition, des médias et des associations, qui y lisent une estocade à la liberté d’expression.

La Première ministre Mette Frederiksen au Folketinget, le parlement danois, ce jeudi à Copenhague. (Mads Claus Rasmussen /AFP)
Publié le 07/12/2023 à 17h39

Respect des textes sacrés, lutte contre l’islamophobie ou atteinte à la liberté d’expression ? Le Parlement danois a adopté ce jeudi 7 décembre une loi controversée criminalisant les «traitements inappropriés» de «textes ayant une signification religieuse» importante, interdisant de facto les autodafés du Coran, qui avaient suscité l’été dernier l’ire de pays musulmans.

A l’issue d’un débat de près de quatre heures, le texte a été approuvé en troisième lecture par 94 des 179 membres du Parlement. Brûler, souiller, déchirer, couper, poignarder ou donner des coups de pied en public sur des textes religieux sera désormais interdit ; diffuser des images de profanation aussi, sous peine de deux ans d’emprisonnement.

Pour le gouvernement danois – dont aucun représentant ne s’est exprimé lors du débat parlementaire – il s’agit avant tout de protéger les intérêts et la sécurité nationale du pays scandinave, alors que la menace terroriste sur le pays s’est intensifiée. Le Danemark et son voisin suédois ont récemment cristallisé la colère de plusieurs pays musulmans après des profanations du Coran. En Irak par exemple, des centaines de manifestants partisans de l’influent leader religieux chiite Moqtada Sadr ont tenté fin juillet d’assaillir l’ambassade danoise à Bagdad. Après ces troubles, le royaume nordique a un temps renforcé ses contrôles aux frontières, avant de revenir à la normale le 22 août. Entre le 21 juillet et le 24 octobre 2023 inclus, 483 autodafés et drapeaux brûlés ont été recensés au Danemark, selon les chiffres de la police nationale.

«C’est une défection énorme de la part du gouvernement»

Lors du long débat en séance, l’opposition s’est insurgée contre le gouvernement social-démocrate et centriste, accusé de sacrifier la liberté d’expression. «C’est une trahison. Une défection énorme de la part du gouvernement», a dit la présidente de la formation d’extrême droite les Démocrates du Danemark, Inger Støjberg. «Imaginez que nous devenions la génération qui restreint la liberté d’expression. Je ne l’avais pas vraiment pensé, et certainement pas après la crise de Mahomet. À l’époque, nous étions restés fermes», a ajouté l’ancienne ministre, en référence à une vague de violences anti-danoises qui avait embrasé le monde musulman en 2006, après la publication de caricatures du prophète Mahomet.

A l’origine, le projet de loi introduit fin août devait couvrir les profanations de tous les objets ayant une signification religieuse importante. Mais médias et associations y voyaient une atteinte à la liberté d’expression et un retour du délit de blasphème – notamment le journal satirique français Charlie Hebdo. Cette disposition vieille de 334 ans, abrogée il y a six ans, sanctionnait les insultes publiques envers les religions. Fin septembre, plus de 500 artistes et intellectuels danois ont également signé une pétition pour exiger le retrait du projet. Des professionnels de la justice ont de leur côté émis des craintes quant aux difficultés de sa mise en œuvre.

Le Danemark n’est pas le seul pays européen à interdire les autodafés du Coran. D’après le ministère de la Justice, huit pays européens le font – l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Estonie, la Finlande, l’Italie, la Pologne et la Roumanie. Après l’adoption du texte danois, la loi doit encore être publiée et entrera en vigueur au lendemain de cette publication.

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