«Le “marchand de mort” de Poutine se relance dans le commerce des armes. Cette fois, il vend aux Houthis», titre le Wall Street Journal. Le journal affirme que Viktor Bout, condamné aux Etats-Unis dans une affaire de trafic d’armes et rendu à la Russie, il y a deux ans, dans le cadre d’un échange contre la basketteuse américaine Brittney Griner, est de retour aux affaires. Selon le quotidien américain, «lorsque des émissaires houthis se sont rendus à Moscou en août pour négocier l’achat d’armes automatiques d’une valeur de 10 millions de dollars, ils ont rencontré un visage familier : le moustachu Bout, selon un responsable européen de la sécurité et d’autres personnes au fait de l’affaire.»
A lire aussi
Agé aujourd’hui de 57 ans, cet ancien lieutenant de l’armée soviétique, né au Tadjikistan, avait été arrêté à Bangkok en 2008. Le marchand d’armes clandestin le plus célèbre du monde, qui avait inspiré le personnage de Nicolas Cage dans le film Lord of War, qui sillonnait le monde malgré les sanctions de l’ONU, Interpol à ses trousses, avait fini par être piégé par des membres de l’agence américaine de lutte contre la drogue (DEA) qui s’étaient fait passer pour des représentants de la guérilla colombienne des Farc, en quête de roquettes antichar, hélicoptères et missiles sol-air. Et, malgré les efforts titanesques des diplomates russes, Bout avait été extradé vers les Etats-Unis en 2010, pour y purger une peine de vingt-cinq ans.
Monnaie d’échange
Le Kremlin avait fait des pieds et des mains pour le récupérer, jusqu’à mettre le grappin sur la célèbre basketteuse Brittney Griner, en possession d’une cigarette électronique contenant du liquide de cannabis. Sa condamnation n’avait jamais été perçue comme autre chose que la prise d’otage d’une monnaie d’échange. En rentrant au pays, en décembre 2022, Viktor Bout, qui n’a jamais reconnu sa culpabilité, s’est lancé en politique, au sein du parti ultranationaliste LDPR, et a été élu au parlement local de la région d’Oulianovsk.
Selon les sources du WSJ, officiellement, les émissaires houthis sont venus en Russie cet été pour acheter des pesticides et des voitures. Ils ont même visité une usine Lada. En réalité, ils auraient convenu de deux premières livraisons de fusils automatiques AK-74 et discuté de l’achat futur de missiles antichars Kornet et d’armes antiaériennes. Les livraisons, selon les sources du WSJ, devraient commencer en octobre, lorsque la première cargaison d’armes sera acheminée, sous couvert de nourriture, vers le port yéménite de Hodeida, où la Russie a déjà livré des céréales à plusieurs reprises. Les sources du quotidien ne savent pas si les négociations avec les Houthis ont été menées à la demande du Kremlin ou seulement avec «son consentement tacite». Les journalistes n’ont pas été en mesure d’identifier «la source spécifique des approvisionnements prévus».
Tête parlante
L’avocat new-yorkais Steve Zissou, qui a représenté Bout aux Etats-Unis, a refusé de confirmer la rencontre entre son client et les acheteurs houthis. «Viktor Bout n’a pas travaillé dans le secteur des transports depuis plus de vingt ans, a dit Zissou au WSJ. Mais si le gouvernement russe l’a autorisé à faciliter le transfert d’armes à l’un des adversaires de l’Amérique, cela ne serait pas différent de l’envoi par le gouvernement américain d’armes et d’armes de destruction massive à l’un des adversaires de la Russie, comme il l’a fait pour l’Ukraine.»
A lire aussi
Depuis son retour en Russie, Bout, qui prétend avoir accroché un portrait de Poutine dans sa cellule américaine, est devenu l’une des têtes parlantes de la propagande russe à la télévision, virulent critique des Etats-Unis et expert en armement. Lui-même a commenté dans le média en ligne Lenta.ru : «Si nous regardons le titre de l’article, qui est catégoriquement intitulé “Le marchand d’armes de Poutine”, nous comprenons naturellement que ce fake a été spécialement programmé pour coïncider avec l’anniversaire de notre président Vladimir Poutine», le 7 octobre.
«Nous avons vu le sujet, a déclaré pour sa part le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Nous sommes enclins à le qualifier de faux ou d’attaque informationnelle contre les représentants élus de notre peuple.»




