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Chronologie

Une énième affaire de corruption éclabousse le pouvoir ukrainien

Après l’arrestation dimanche 15 février de l’ex-ministre ukrainien de l’Energie, attrapé alors qu’il tentait de quitter le pays, «Libé» fait le point sur les scandales de corruption qui ont émaillé le pays depuis l’invasion russe.

L’ancien ministre ukrainien de l’Energie, Guerman Galouchtchenko. (Stefan Rousseau /AFP)
Publié aujourd'hui à 18h24

L’arrestation dimanche 15 février de l’ex-ministre ukrainien de l’Energie, Guerman Galouchtchenko, accusé de blanchiment d’argent, alors qu’il cherchait à quitter le pays, est le dernier épisode d’une longue série d’affaires qui ont éclaboussé le pouvoir ukrainien depuis l’invasion russe.

En janvier 2023, une série de hauts responsables ukrainiens sont limogés dans la foulée d’une affaire de corruption concernant l’achat de produits alimentaires destinés aux soldats. Au total, cinq gouverneurs régionaux, quatre vice-ministres et deux responsables d’une agence gouvernementale sont écartés, en plus du chef adjoint de l’administration présidentielle et du procureur général adjoint.

En mai 2023, le président de la Cour suprême, Vsevolod Kniazev, est arrêté et placé en détention. Selon le Parquet anticorruption, le milliardaire ukrainien Kostiantin Jevago, que l’Ukraine cherche à faire extrader depuis la France, a transféré 2,7 millions de dollars à des avocats, dont 1,8 million pour convaincre des juges de la Cour suprême de lui permettre de garder le contrôle des parts d’une entreprise minière.

En août 2023, le président Volodymyr Zelensky limoge tous les responsables régionaux chargés du recrutement militaire pour déraciner un système de corruption permettant notamment à des conscrits d’échapper à l’armée.

En septembre 2023, les scandales de corruption dans l’armée finissent par pousser le ministre de la Défense, Oleksiï Reznikov, vers la sortie. Reznikov était l’un des visages de l’effort de guerre ukrainien, négociant inlassablement l’obtention d’armes auprès des alliés occidentaux de Kyiv.

En mai 2024, le ministre de l’Agriculture, Mykola Solsky, démissionne et est incarcéré, soupçonné de s’être emparé de terres publiques d’une valeur de près de 6,9 millions d’euros et d’avoir essayé de s’approprier d’autres terrains. Il est rapidement libéré sous caution.

En mai 2024, les services anticorruption accusent Andriï Smyrnov, ancien chef adjoint du cabinet du président Zelensky limogé deux mois plus tôt, d’enrichissement illégal, pour près de 400 000 dollars. Smyrnov, qui encourt jusqu’à dix ans de prison, est soupçonné d’avoir acquis avec des fonds suspects des voitures, des motos, des places de parking, un appartement et un terrain.

En avril 2025, une série de responsables de la défense sont arrêtés, accusés d’être impliqués dans la fourniture à l’armée de dizaines de milliers d’obus défectueux. A l’automne 2024, au moins 100 000 obus avaient dû être retirés du front, au moment où les forces de Kyiv manquaient justement de munitions. Selon les services de sécurité ukrainiens, des usines ont volontairement utilisé des matériaux de mauvaise qualité pour tirer un meilleur profit des commandes publiques, avec la complicité de responsables militaires.

En juin 2025, le vice-Premier ministre, Oleksiï Tchernychov, membre du premier cercle du président Zelensky, est suspecté d’être au cœur d’une affaire de corruption à grande échelle dans le secteur de la construction. Il est démis de ses fonctions le mois suivant.

En novembre 2025, une série de 70 perquisitions, baptisée «opération Midas», met au jour un système à l’origine du détournement de 100 millions de dollars (environ 86 millions d’euros) dans le secteur énergétique. Selon les services anticorruption, les sous-traitants de l’opérateur nucléaire public Energoatom devaient verser des pots-de-vin pour ne pas perdre leur statut de fournisseur. Au cœur de ce système, Timour Minditch, un homme d’affaires réputé proche du président Zelensky. Minditch est également soupçonné d’avoir influencé des décisions de hauts responsables gouvernementaux, comme l’ex-ministre de la Défense, Roustem Oumerov, aujourd’hui négociateur en chef ukrainien.

Le scandale a poussé à la démission le ministre de la Justice Guerman Galouchtchenko ainsi que Svitlana Gryntchouk, qui lui avait succédé au ministère de l’Energie. C’est ce même Galouchtchenko qui a été arrêté dimanche alors qu’il tentait de quitter le pays, soupçonné de blanchiment d’argent et de participation à une organisation criminelle. Le scandale mène aussi à la démission du principal conseiller du président ukrainien, Andriï Iermak.

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