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Menaces

Trump fait fi des excuses de la BBC et annonce qu’il va poursuivre la chaîne britannique

Dans la tourmente après la diffusion d’un montage trompeur d’un discours du dirigeant américain, Samir Shah s’est fendu d’une «lettre personnelle» d’excuses jeudi. Trump a répondu vendredi par l’annonce d’une plainte à venir pour un montant allant jusqu’à 5 milliards de dollars.

Devant le siège de la BBC, à Londres, mercredi 12 novembre 2025. (Kin Cheung/AP)
Publié le 14/11/2025 à 9h35, mis à jour le 15/11/2025 à 8h28

Un courrier pour apaiser la crise, et éviter des poursuites judiciaires. Dans une «lettre personnelle» envoyée jeudi 13 novembre à Donald Trump, le président de la BBC, Samir Shah, s’est excusé après le montage trompeur d’un de ses discours, selon un communiqué du groupe. Il ne disposait plus que d’un jour avant l’expiration de l’ultimatum lancé par les avocats du milliardaire : ils avaient brandi dimanche la menace d’une attaque en justice, avec la réclamation d’un milliard de dollars de dommages et intérêts en l’absence d’excuses.

Dans cette lettre, le géant des médias britanniques a tout de même réfuté toute «base légale» à une plainte en diffamation. Il essaie de traverser la tourmente qui secoue la BBC, depuis la révélation la semaine dernière d’un montage trompeur diffusé dans son magazine phare d’information Panorama. Juste avant la présidentielle américaine de 2024, des extraits distincts d’un discours de Donald Trump du 6 janvier 2021 avaient été diffusés, mais montés de telle façon qu’il semblait appeler explicitement ses partisans à attaquer le Capitole à Washington. Le documentaire a été retiré et ne sera plus rediffusé, comme indiqué dans le message d’excuses.

Démission du directeur général

L’affaire a pris de l’ampleur, jusqu’à pousser à la démission du directeur général Tim Davie et la patronne de BBC News Deborah Turness. Dès le lendemain, Samir Shah a reconnu une «erreur de jugement» dans une lettre au Parlement britannique. Sans présenter d’excuses à Donald Trump. Lequel avait ensuite, avec ses avocats, donné jusqu’à ce vendredi, 22 heures, pour s’excuser et surtout retirer le documentaire incriminé. Dans son communiqué, le groupe souligne également que ses avocats ont écrit à ceux de Donald Trump. Mais sans dévoiler le contenu de ce courrier.

Mais les excuses du président de la BBC n’ont pas suffi à apaiser Trump, qui a déclaré vendredi qu’il allait poursuivre en justice la BBC pour un montant allant jusqu’à 5 milliards de dollars.

«Nous allons les poursuivre pour [un montant compris] entre 1 et 5 milliards de dollars, probablement dans le courant de la semaine prochaine. Je pense que je dois le faire. Ils ont même admis avoir triché», a-t-il déclaré à bord d’Air Force One. Et le président américain de poursuivre : «Les Britanniques sont très en colère contre ce qu’il s’est passé, comme vous pouvez l’imaginer, car cela montre que la BBC, c’est que des infos bidon.» Il a également déclaré qu’il prévoyait d’aborder le sujet avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer. «Je vais l’appeler ce week-end. Mais il m’a appelé, il est très gêné», a ajouté Donald Trump.

Avant de lancer son ultimatum, le président américain, qui a multiplié les menaces et actions en justice contre des médias américains, avait déjà qualifié les journalistes de la BBC de «corrompus» et «malhonnêtes».

Deuxième montage trompeur ?

Keir Starmer, bien qu’interpellé sur le sujet, avait refusé mercredi de commenter publiquement cette menace d’attaque en justice. Il avait simplement promis de «toujours défendre une BBC forte et indépendante»… Tout en estimant qu’elle devait «mettre de l’ordre dans ses affaires», «respecter les standards [de qualité] les plus élevés» et «corriger rapidement les erreurs». «A l’ère de la désinformation, l’argument en faveur d’un service d’information britannique impartial est plus fort que jamais», avait-il insisté.

Le montage incriminé pourrait toutefois ne pas être l’unique bourde diffusée par la chaîne. La BBC a déclaré, jeudi, examiner un deuxième cas de possible montage trompeur, du même discours de Donald Trump, dans un autre programme phare de la chaîne diffusé en 2022. Soit deux ans avant la diffusion de l’émission Panorama. Son existence a été décrite jeudi par le quotidien britannique Telegraph. «Ce problème a été porté à notre attention et nous menons actuellement une enquête», a réagi un porte-parole du média.

La controverse a soulevé un vif débat au Royaume-Uni, sur le fonctionnement de la BBC et son impartialité. Et illustre un problème plus profond : le groupe a déjà été bousculé ces dernières années par plusieurs polémiques et scandales. Le mois dernier, le régulateur britannique des médias l’a encore épinglé pour avoir «enfreint les règles de diffusion» avec un reportage à Gaza. Le narrateur principal, un enfant, était le fils d’un haut responsable du mouvement islamiste palestinien Hamas, sans que ce lien de parenté soit indiqué au spectateur.

Mise à jour à 8 h 28 avec les déclarations de Donald Trump.

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