«Framåt, framåt» («devant, devant !»), s’égosille un soldat avec de grands gestes du bras. La dizaine de militaires qui patrouillent à travers une forêt clairsemée autour de la base d’entraînement «P7» de Revingehed, dans le sud de la Suède, se jettent au sol, s’accroupissent ou se mettent à l’abri derrière des troncs. Ils braquent leurs fusils d’assaut sur un instructeur caché dans la forêt, une cible fictive. Commencent alors les rafales de «piou piou», de «pang pang» et autres simulacres de tir, sous forme de bruitage. «En avant !», la troupe progresse groupe par groupe en se couvrant mutuellement. «C’est leur premier entraînement de tactique de combat», confie l’instructeur, sans détourner son regard des jeunes conscrits. A la fin de l’exercice, l’officier chargé de leur préparation ressasse les consignes – «on observe, on tire, on communique» – et ajoute une formule accrocheuse en anglais : «silent, deadly, silent» («silencieux, mortel, silencieux»).
Le pays scandinave, qui n’a pas connu de conflit armé en 200 ans, est lancé dans une course au réarmement. Pas moins de 119 milliards de couronnes (environ 10 milliards d’euros) sont consacrées à la défense en 2024, soit le double du budget de 2020. Les carnets de commandes des entreprises du secteur militaro-industriel sont pleins et, comme dans l’industrie, l’armée manque désespérément de bras. Pour remédier à cette pénurie, le ministère de la Défense prévoit d’augmenter le nombre




