Il avait donné rendez-vous dans un bar du Xe arrondissement à Paris. Mais en arrivant, il a décidé de changer de lieu. Dans un coin, un Asiatique en costume sombre et cheveux courts, avec écouteurs et petit cartable, est attablé en train de lire des notes. Un profil suspect aux yeux de Chiang Seeta. L’artiste de 33 ans a alors tourné les talons et l’entretien s’est fait plus loin.
Sur ses gardes, ce dissident chinois qui vit en France depuis sept ans désormais, se sait épié dans la rue et en ligne. «Sur les réseaux sociaux, sur mes propres sites, dans mes mails, je reçois des messages, des appels téléphoniques curieux avec des numéros cachés et je constate des attaques d’hameçonnage, des tentatives d’intrusion tous les jours ou presque», raconte Chiang Seeta. Il a appris à composer avec cette «menace constante» et avec la crainte d’être suivi. Il jongle entre plusieurs téléphones et prend soin de ne pas télécharger les applis chinoises et françaises sur le même appareil. Et reste aux aguets lors de manifestations.
Lunettes noires et feuille blanche
«Je milite pour la liberté d’expression, le Tibet, les Ouïghours ou Hongkong, j’ai été pris en photo par des Asiatiques en civil, je ne me cache pas et je ne veux pas me taire, je sais à quoi m’attendre, dit-il derrière des lunettes noires. C’est plus compliqué pour les simples étudiants chinois qui ne sont pas habitués à cette pression, car les autorités ont mis en place un puissant système de contrôle.»
A lire aussi
Depuis Pékin, Chiang Seeta avait so




