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Détention

L’opposant russe Navalny se trouve dans une colonie pénitentiaire en Arctique et dit «aller bien»

Alors que ses proches n’avaient aucune nouvelle de lui depuis trois semaines, le principal opposant de Vladimir Poutine, condamné à 19 ans de prison pour «extrémisme» se trouve dans une prison au fin fond de l’Arctique a annoncé une de ses proches ce lundi 25 décembre.

Le leader de l'opposition russe Alexei Navalny vu depuis un écran via une liaison vidéo avant une audience judiciaire, le 17 mai 2022. (Evgenia Novozhenina/Reuters)
Publié le 25/12/2023 à 14h41, mis à jour le 26/12/2023 à 10h50

Et le principal adversaire de Vladimir Poutine réapparut en ce jour de Noël. En Arctique. L’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny, dont les proches n’avaient plus de nouvelles depuis près de trois semaines, se trouve dans une colonie pénitentiaire à Kharp, au-delà du cercle polaire, a annoncé lundi 25 décembre sa porte-parole.

«Nous avons trouvé Navalny. Il est dans la colonie pénitentiaire numéro 3 de la localité de Kharp», a affirmé Kira Iarmych sur X (ex-Twitter), indiquant que l’opposant «va bien» et que son avocat lui a rendu visite lundi. Kharp, petite localité d’environ 5 000 habitants, est située en Iamalo-Nénétsie, région reculée du nord de la Russie. Plusieurs colonies pénitentiaires y sont situées.

L’opposant russe s’est lui aussi montré rassurant sur les réseaux sociaux, en affirmant ce mardi qu’il allait «bien» après son transfert. Sur Instagram, Navalny joue la carte de la légèreté, en comparant sa barbe de trois semaines – forte d’un périple de 20 jours jusqu’à sa nouvelle prison – à celle du père Noël. L’homme s’étonne même d’avoir été retrouvé si vite par un avocat après un «itinéraire si étrange» : Vladimir, Moscou, Tcheliabinsk, Yekaterinburg, Kirov, Vorkuta, et enfin Kharp, avant de remercier ses soutiens.

19 ans de prison

Alexeï Navalny, militant anticorruption et bête noire de Vladimir Poutine, purge une peine de 19 ans de prison pour «extrémisme». Il avait été arrêté en janvier 2021 à son retour de Russie d’une convalescence en Allemagne pour un empoisonnement qu’il impute au Kremlin. Ses proches et collaborateurs étaient sans nouvelles de lui depuis début décembre, ce qui signifiait son probable transfert depuis la colonie de la région de Vladimir, à 250 kilomètres de Moscou, où il était jusqu’à présent détenu.

Selon le verdict pour «extrémisme» prononcé contre Navalny, l’opposant doit purger sa peine dans une colonie à «régime spécial», la catégorie d’établissements où les conditions de détention sont les plus rudes et qui sont d’ordinaire réservés aux condamnés à perpétuité et aux détenus les plus dangereux. Une colonie à «régime spécial» est justement située à Kharp, la colonie numéro 18 «Hibou polaire», bien que Navalny soit actuellement détenu dans une autre.

Les transferts d’une colonie pénitentiaire à une autre en Russie prennent souvent plusieurs semaines de voyage par train avec des étapes, les proches des détenus restant sans nouvelles pendant cette période.

Isolement méthodique avant la présidentielle

«Dès le début, il est apparu clairement que les autorités voulaient isoler Alexeï, en particulier avant l’élection» présidentielle prévue en mars 2024, a réagi sur X l’un de ses proches collaborateurs, Ivan Jdanov. Cette absence de nouvelles concernant l’opposant avait suscité la préoccupation de plusieurs capitales occidentales et de l’ONU. La Maison Blanche s’était notamment dite «très préoccupée» et avait à nouveau exigé la libération de l’opposant. Après l’annonce de la présence d’Alexeï Navalny dans une colonie pénitentiaire de l’Arctique russe, Washington a assuré que les Etats-Unis étaient «profondément inquiets» des «conditions de détention» de l’opposant russe. «Nous nous réjouissons des informations selon lesquelles M. Navalny a été localisé», a déclaré un porte-parole du département d’Etat. «Cependant, nous restons profondément inquiets du sort de M. Navalny et de ses conditions de détention injustes», a-t-il ajouté dans un communiqué.

Le mouvement de Navalny a été méthodiquement éradiqué ces dernières années par les autorités, poussant ses collaborateurs et alliés à l’exil ou en prison. Son Fonds de lutte contre la corruption a été déclaré «extrémiste» en 2021 et les autorités ont lancé jeudi 21 décembre un avis de recherche contre sa directrice, Maria Pevtchikh, qui a fui à l’étranger.

Début décembre, les autorités russes ont engagé de nouvelles poursuites pour «vandalisme» contre le charismatique militant anticorruption, ce qui pourrait ajouter trois années de détention supplémentaires à sa peine. Face à une opposition laminée et la répression de toute voix critique dans le pays, Vladimir Poutine vise, lui, un nouveau mandat de six ans au Kremlin lors de la présidentielle de mars prochain. Un mandat qui le porterait jusqu’en 2030, année de ses 78 ans. Pour s’assurer une nouvelle réélection tranquille, le pouvoir russe a d’ailleurs écarté la candidate pacifiste Iekaterina Dountsova de la course. La commission a rejeté la candidature de l’ancienne journaliste de télévision à l’élection présidentielle de mars, en raison d’«erreurs» dans son dossier d’inscription.

Mise à jour : mardi 26 décembre à 10h43 avec la réaction d’Alexeï Navalny sur les réseaux sociaux.

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