Les dirigeants européens «ne quitteront pas» la salle sans un accord, avait martelé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, jeudi 18 décembre au matin, en ouvrant un nouveau conseil européen crucial pour l’avenir de l’Ukraine et de l’UE. C’est désormais chose faite, les Européens ayant décidé vendredi de financer l’effort de guerre de l’Ukraine pendant au moins deux ans via un emprunt en commun de 90 milliards d’euros, mais sans recours aux avoirs russes gelés indéfiniment en Europe, faute d’accord sur cette solution inédite.
Les dirigeants des 27 Etats membres devaient coûte que coûte trouver une solution durable pour Kyiv, qui risquait d’être à court d’argent dès le premier trimestre 2026. Ils s’étaient engagés à assurer l’essentiel du soutien financier et militaire après la fermeture du robinet américain décidée par le président Donald Trump.
«Un soutien qui renforce notre résilience»
«C’est un message décisif pour mettre fin à la guerre, car Poutine ne fera des concessions que lorsqu’il comprendra que sa guerre ne lui rapportera rien», a assuré le chancelier allemand Friedrich Merz à l’issue de cet accord arraché au milieu de la nuit à Bruxelles. Le dirigeant allemand soutenait pourtant depuis des mois une utilisation des avoirs gelés russes en Europe pour financer ce prêt. Il a quitté Bruxelles sans avoir eu gain de cause.
«Il s’agit d’un soutien important qui renforce véritablement notre résilience», a réagi le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s’était déplacé à Bruxelles pour mieux marteler son message, en remerciant les dirigeants européens. «Il est important que les actifs russes restent immobilisés et que l’Ukraine ait reçu une garantie de sécurité financière pour les années à venir», a-t-il écrit sur le réseau social X.
Analyse
Le chef d’Etat n’a été que partiellement entendu, après avoir lui aussi plaidé sans relâche pour faire payer la Russie. L’Ukraine reste toutefois assurée d’avoir les fonds nécessaires alors que les combats continuent en dépit d’intenses négociations en cours. «Nous nous sommes engagés, nous avons tenu promesse», s’est félicité devant la presse le président du Conseil européen, Antonio Costa, qui a mené les travaux de ce sommet.
«Garantir 90 milliards d’euros à un autre pays pour les deux prochaines années, je ne crois pas que cela se soit jamais vu dans notre histoire», a jugé la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, dont le pays assure la présidence du Conseil de l’UE jusqu’à la fin de l’année. Maintenant, «il va redevenir utile de parler à Vladimir Poutine», a de son côté jugé le président français, Emmanuel Macron.
Pour les avoirs russes, un accord qui «nécessite davantage de travail»
Les besoins de financement de Kyiv ont été estimés à 137 milliards d’euros, l’UE s’engageant à prendre en charge les deux tiers, soit 90 milliards d’euros, sous la forme d’un prêt à taux zéro. Financé par le budget de l’UE, l’Ukraine n’aura à le rembourser que si la Russie lui paie des réparations. L’accord sur l’emprunt a été trouvé à 27 mais l’opération ne se fera qu’à 24, la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque – trois pays réticents à soutenir financièrement l’Ukraine – en étant exemptés. Le reste des besoins ukrainiens doit être assuré par les autres alliés de l’Ukraine, comme la Norvège ou le Canada.
Ce prêt ne signifie pas pour autant la fin des discussions autour de l’utilisation des avoirs russes. Aboutir à un accord, empêché par la réticence de la Belgique qui héberge l’essentiel des sommes (environ 210 milliards d’euros, dont 193 appartenant à la banque centrale russe) «nécessite davantage de travail», avait constaté dans la nuit de jeudi à vendredi un responsable européen resté anonyme.
Vu de Kyiv
Le Premier ministre belge, Bart De Wever, avait dès octobre exigé de ses partenaires des garanties quasi illimitées pour parer le risque d’un remboursement anticipé ou de représailles russes. Et si les autres pays de l’UE se sont dit prêts à être solidaires, pas question néanmoins pour eux de signer un chèque en blanc à la Belgique. «Les jeux sont faits, tout le monde est soulagé», a déclaré le chef du gouvernement belge, tout sourire, à l’issue de ce sommet à haut risque.




