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L’Ukraine lutte pour rétablir l’électricité et le chauffage après des frappes russes massives

Moscou cible depuis plusieurs semaines les centrales électriques et les installations gazières ukrainiennes, laissant craindre un nouvel hiver difficile pour les civils.

Durant une coupure d'électricité à Kyiv, samedi. (Gleb Garanich/REUTERS)
Publié le 09/11/2025 à 10h28

L’Ukraine s’efforce dimanche de rétablir l’électricité et le chauffage après des frappes russes à grande échelle qui ont endommagé ses infrastructures énergétiques et provoqué des coupures de courant massives. «Il est difficile de se souvenir d’un nombre aussi important de frappes directes sur des installations énergétiques depuis le début de l’invasion», a affirmé la ministre de l’Energie, Svitlana Grintchouk, sur la chaîne locale United News. La nuit de samedi à dimanche a été, selon elle, «l’une des plus difficiles» depuis le début de l’offensive russe à grande échelle en février 2022. Ces frappes de drones et de missiles russes ont fait au moins quatre morts à Dnipro, grande ville du centre-est de l’Ukraine, et à Kharkiv (Nord-Est).

La Russie cible depuis plusieurs semaines les centrales électriques et les installations gazières ukrainiennes, provoquant régulièrement des coupures à travers le pays et faisant craindre un hiver difficile alors que les températures baissent. Dans la nuit de vendredi à samedi, la Russie avait déjà tiré un total de 458 drones et 45 missiles sur l’Ukraine, selon l’armée de l’air ukrainienne, qui a assuré avoir abattu 409 drones et 9 missiles. Ces attaques ont coupé l’approvisionnement en électricité, en chauffage et en eau dans de nombreuses villes, le groupe public d’électricité Centerenergo avertissant samedi que la capacité de production était «réduite à zéro» après «la frappe la plus massive sur les centrales thermiques» ukrainiennes «depuis le début de l’invasion».

«La Russie a une nouvelle fois pris pour cible les sous-stations qui alimentent les centrales nucléaires de Khmelnytskyi et Rivne [dans l’ouest du pays, ndlr]. Il ne s’agissait pas d’attaques accidentelles, mais d’attaques délibérées», a réagi sur X le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha. Dénonçant des «risques inacceptables» pour la sécurité nucléaire en Europe, il a appelé à la tenue au plus vite d’une réunion du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Graves dégâts côté russe

Kyiv n’est cependant pas en reste, puisque deux régions russes frontalières font également face ce dimanche à des coupures d’électricité affectant 20 000 personnes après des frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques, annoncent les autorités locales. Dans la région de Belgorod, régulièrement visée par des tirs ukrainiens, le gouverneur Viatcheslav Gladkov a rapporté sur Telegram que «le réseau d’approvisionnement en électricité et en chauffage a subi de graves dégâts» dans la capitale régionale éponyme.

Dans la région de Koursk, également frontalière de l’Ukraine, «un incendie s’est déclaré dans l’une des installations énergétiques du village de Korenevo», laissant dix localités sans électricité, a annoncé sur Telegram le gouverneur Alexandre Khinshteïn. Et dans la région de Voronej, un incendie s’est déclaré dans une installation assurant le chauffage, selon le gouverneur Alexandre Goussev. Le ministère russe de la Défense a rapporté avoir abattu 44 drones au-dessus de la région de Briansk, autre territoire frontalier.

L’Ukraine vise quasiment chaque semaine des dépôts et raffineries de pétrole en Russie, avec l’objectif de perturber les exportations et de réduire le financement de l’effort de guerre de Moscou. Elle a aussi déjà ciblé des centrales électriques et des conduites d’hydrocarbures, y compris approvisionnant l’Europe.

«Risque significatif»

Côté ukrainien, les techniciens travaillent d’arrache-pied ce dimanche pour rétablir le courant. L’électricité restera cependant coupée encore entre huit et seize heures par jour dans la plupart des régions d’Ukraine en raison de délestages, a déclaré le fournisseur public Ukrenergo, le temps d’effectuer les réparations et de déployer des sources d’énergie alternatives.

Comme lors de chaque vague de frappes, le ministère russe de la Défense a affirmé avoir visé «des entreprises du complexe militaro-industriel ukrainien et des installations gazières et énergétiques qui soutiennent leurs opérations». Ces frappes russes, qui les années précédentes avaient déjà plongé des millions de personnes dans le noir en Ukraine, font craindre un nouvel hiver rude pour les civils.

Le directeur du Centre ukrainien de recherche sur l’énergie, Oleksandre Khartchenko, a averti que le pays court un «risque significatif» de coupures de chauffage cet hiver. Selon un rapport fin octobre de l’Ecole d’économie de Kiev, au moins «27 % de la demande en électricité ne pourra être satisfaite» cet hiver, en raison des dommages causés aux installations énergétiques.

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