Pas question de laisser les Ukrainiens seuls à la table des négociations, face à une administration américaine qui leur a posé un ultimatum pour adopter au plus vite un «plan de paix» en 28 points sur lequel ils n’ont pas été consultés et qui favorise très largement Moscou. Des responsables européens seront donc bien présents dimanche en Suisse pour discuter avec les émissaires américains et ukrainiens des options possibles pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Samedi, Donald Trump a déclaré que son récent plan pour mettre fin à la guerre en Ukraine, qui avantage terriblement Moscou, n’était pas sa dernière offre et qu’il souhaitait que cessent les combats «d’une manière ou d’une autre».
Le président américain a répondu «non» à la question de savoir si son plan pour mettre fin au conflit en Ukraine était sa «dernière offre». «Nous essayons d’y mettre fin. D’une manière ou d’une autre, nous devons y mettre fin», a-t-il déclaré à la presse, sans toutefois donner davantage de détails.
Par ailleurs, depuis Johannesburg où il participe au sommet du G20, le président français Emmanuel Macron a annoncé que les pays soutenant l’Ukraine, dit de la «Coalition des volontaires», se réuniront mardi en visioconférence pour discuter du plan américain. «Nous tiendrons une réunion mardi après-midi pour nous coordonner sur ce point et voir les avancées qui se sont faites pendant les négociations des prochains jours à Genève», a-t-il ajouté lors d’un point de presse. «On sait que s’il n’y a pas des éléments de la dissuasion» dans un plan de paix pour l’Ukraine, «les Russes reviendront et trahiront leur promesse», a-t-il estimé.
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Selon une source interrogée par l’AFP, le conseiller à la Sécurité nationale du président Macron «ira demain (dimanche, ndlr) à Genève avec ses collègues du + E3 + (Allemagne, France, Royaume-Uni)» pour discuter «avec les Etats-Unis, l’+E3 + et les Ukrainiens». L’Italie sera également représentée par le conseiller à la sécurité nationale de la Première ministre, Giorgia Meloni, selon une source diplomatique italienne.
Côté ukrainien, le secrétaire du Conseil de sécurité, Roustem Oumerov, a lui aussi confirmé samedi sur Facebook de prochaines «consultations entre de hauts responsables ukrainiens et américains sur les paramètres possibles d’un futur accord de paix» avec Moscou.
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Volodymyr Zelensky a de son côté signé un décret formant la délégation qui sera chargée de participer aux pourparlers avec Washington, et dans le futur avec Moscou. Celle-ci sera menée par son bras droit, le chef de la présidence Andriï Yermak, et comprendra, outre Roustem Oumerov, les chefs des services de sécurité et de renseignement et le chef d’état-major. Soit une délégation essentiellement militaire.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio et l’émissaire diplomatique de Donald Trump, Steve Witkoff, arriveront dimanche à Genève, a confirmé à l’AFP un responsable américain. Selon ce dernier, le secrétaire américain à l’Armée Daniel Driscoll, qui a été reçu jeudi à Kyiv par le président ukrainien, était lui déjà arrivé ce samedi dans la ville suisse. «Nous aurons une pré-réunion informelle ce (samedi) soir autour d’un dîner» entre Américains et Ukrainiens», a précisé le même responsable.
Exigences clés de la Russie
Le plan en 28 points, préparé par les Américains et les Russes, a été reçu avec une grande inquiétude par Kyiv qui y voit une tentative d’obtenir de sa part une capitulation. Le plan reprend plusieurs exigences clés de la Russie, à savoir que l’Ukraine lui cède des territoires, accepte une réduction de la taille de son armée et renonce à intégrer l’Otan. Et il n’offre que de vagues garanties de sécurité occidentales à Kyiv pour prévenir toute nouvelle attaque russe.
«L’Ukraine aborde ce processus avec une compréhension claire de ses intérêts. Il s’agit d’une nouvelle étape du dialogue qui se poursuit depuis quelques jours et qui vise principalement à harmoniser notre vision des prochaines étapes», a déclaré Roustem Oumerov.
Pression américaine et russe
Les alliés européens de Kyiv ont exprimé leurs vives inquiétudes vis-à-vis de la proposition. Samedi en marge du G20 à Johannesburg en Afrique du Sud, le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer et le chancelier allemand Friedrich Merz ont réclamé un «travail supplémentaire» sur le plan de paix. Onze pays, principalement européens, tous réunis au sommet du G20 ont estimé dans une déclaration que le plan américain «requerra du travail supplémentaire», pour éviter qu’il ne laisse l’Ukraine «vulnérable à de futures attaques». «Les grandes puissances ne peuvent décider par-dessus la tête des pays concernés», a plaidé le chancelier allemand Friedrich Merz, soulignant que «selon l’issue de ce conflit, la sécurité de l’Europe sera affectée».
De son côté, le président américain Donald Trump a pressé Volodymyr Zelensky d’accepter le texte d’ici jeudi 27 novembre, jour de la fête de Thanksgiving aux Etats-Unis. Il «faudra bien que le plan convienne à Zelensky et si cela ne lui plaît pas, alors, vous savez, ils n’auront qu’à continuer à se battre», a lancé le dirigeant américain devant les caméras de télévision. Son vice-président JD Vance a réagi aux critiques visant ce plan, affirmant qu’elles «reposaient soit sur une mauvaise compréhension du cadre, soit sur une interprétation erronée de certaines réalités cruciales sur le terrain». «Il y a l’illusion que si nous donnons simplement plus d’argent, plus d’armes ou imposons davantage de sanctions, la victoire est à portée de main», a-t-il ajouté.
Samedi, des sénateurs américains, démocrates et républicain, ont pourtant fait part de leurs «préoccupations importantes concernant les détails du plan» du président Trump. «Nous n’obtiendrons pas cette paix durable en offrant concession après concession à Poutine et en dégradant fatalement la capacité de l’Ukraine à se défendre. L’histoire nous a enseigné que Poutine ne comprenait que la force et ne respectera aucun accord à moins qu’il ne soit garanti par la contrainte», ont écrit trois élus démocrates, un sénateur indépendant et un élu républicain.
Vladimir Poutine a pour sa part estimé vendredi que le texte américain «pouvait servir de base à un règlement pacifique définitif» du conflit lancé en 2022 par l’invasion des forces russes en Ukraine, huit ans après l’annexion illégale de la région ukrainienne de Crimée. Il s’est dit prêt à une «discussion approfondie de tous les détails» du texte élaboré par Washington. Il a aussi menacé de poursuivre les conquêtes territoriales sur le front, où son armée a l’avantage.
Mise à jour à 19h53 avec déclarations de Donald Trump, participation de l’Italie aux discussions de Genève et réacteurs de sénateurs américains au plan Trump.




