Menu
Libération
Par Roberto Saviano

Mafia italienne: en 1992, pas de fauteuil, juste un cercueil pour Giovanni Falcone

Article réservé aux abonnés
Pour «Libération», l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano revisite les mois qui ont précédé le double attentat contre les juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, isolés et négligés par les autorités transalpines.
Le lieu de l'attentat contre le juge Giovanni Falcone le 23 mai 1992 à Capaci, près de Palerme, en Sicile. (Bruno Mosconi/AP)
par Roberto Saviano (traduction de l'italien de Vincent Raynaud)
publié le 30 mai 2022 à 7h05

Quel genre d’année fut 1992 ? Une année d’attentats ? De grands débats nationaux ? Ou plutôt une année d’humiliations franches, spectaculaires et honteuses pour l’Etat italien ? Quand on sort des frontières du pays, il est difficile de parler de Giovanni Falcone, de Paolo Borsellino et de leurs histoires respectives sans que les personnes les moins informées vous prennent pour un fanfaron, un baratineur : un quaraquaquà, comme on dit en Sicile, c’est-à-dire quelqu’un qui a la langue bien pendue. Je comprends ces réactions, elles sont tout à fait compréhensibles. Tentons de mesurer à quel point ces histoires sont incroyables – au sens littéral du terme, c’est-à-dire impossibles à croire – en résumant leurs principaux points, et faisons-le en employant le présent de l’indicatif, afin que tout nous paraisse plus proche. Et qu’ils nous semblent encore vivants, eux. Imaginons donc que nous sommes au début de l’année 1992.

Maxi-procès contre Cosa Nostra

Giovanni Falcone et Paolo Borsellino sont deux magistrats siciliens connus dans le monde entier pour leurs succès dans la lutte contre la mafia. Comme juges d’instruction, ils ont organisé en 1986 le plus grand procès jamais me