Menu
Libération
Salut l'artiste

Mort de Cecilia Giménez, devenue une star d’Internet après sa restauration ratée d’un tableau du Christ

Moquée pour sa relecture très personnelle de l’«Ecce Homo» peint dans l’église de Borja, la vieille dame était devenue une célébrité internationale dont l’œuvre attirait de nombreux touristes dans la petite ville espagnole.

Cecilia Giménez devant son œuvre, dans le Sanctuaire de miséricorde, à Borja, en Espagne, le 20 août 2016. (Toni Galan/SIPA)
Publié le 30/12/2025 à 18h39

Son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose mais vous avez sûrement déjà vu «son» Christ, ses petits yeux noirs et vides, sa chevelure de hérisson et cette bouche qui évoque autant le Cri de Munch qu’un vilain Détraqueur tout droit évadé d’Azkaban… Devenue célèbre à travers le monde en 2012 après la restauration totalement ratée de ce portrait de Jésus à même le mur de l’église du Sanctuaire de miséricorde, à Borja, dans la province de Saragosse, la restauratrice du dimanche Cecilia Giménez est morte à 94 ans dans cette ville où elle était née le 23 janvier 1931.

L’octogénaire espagnole voulait bien faire : l’Ecce Homo, peint par l’artiste Elías García Martínez au début du XXe siècle en guise de cadeau au village où il avait pour habitude de passer ses vacances, avait été fortement abîmé par le temps et l’humidité du lieu de culte. «Cecilia, avec la meilleure intention du monde, avait décidé de repeindre l’œuvre par-dessus», a rappelé dans un message publié sur Facebook la fondation qui gère le sanctuaire et qui a annoncé le décès de la nonagénaire dimanche 29 décembre. Elle s’était lancée dans le projet toute seule, sans demander la permission à personne, et sa main n’avait manifestement pas été guidée par une intervention divine. Les photos du terrible avant-après avaient cassé Internet, provoquant l’hilarité chez les internautes du monde entier – et la consternation chez les protecteurs du patrimoine. Peut-être bien «la pire restauration de tous les temps», écrivait Libé à l’époque.

«Un atout pour la ville»

«Cecilia Giménez devint ainsi l’un des personnages les plus célèbres de 2012 et continue encore aujourd’hui à susciter l’intérêt, non seulement des personnes qui se rendent au Sanctuaire de la miséricorde, lieu que Cecilia adorait, mais aussi de différents médias», poursuit la fondation. «C’est sans aucun doute une grande perte pour le village, car c’est une personne très aimée et très affectueuse qui nous quitte, une personne qui a tout donné pour le Sanctuaire de la miséricorde», a salué le maire, Eduardo Arilla, ajoutant que son Ecce Homo était «un atout pour la ville, qui permet de promouvoir notre patrimoine, notre économie et tout ce qui fait Borja».

Car certes, le Christ né sous son pinceau n’avait plus rien à voir avec l’original aux traits fins coiffé d’une couronne d’épines, mais la peinture maladroite attire depuis de nombreux touristes curieux dans sa ville de Borja. Pour le voir, il faut désormais payer, ce qui génère des revenus importants qui reviennent à une fondation pour les personnes âgées et démunies. De plus, Cecilia Giménez touchait depuis 2013 des droits d’auteur, répartis entre des organismes caritatifs et la fondation en charge du Sanctuaire de la miséricorde. Bref, la vieille dame et son chef-d’œuvre étaient devenus des célébrités locales, et tout le monde était ravi. Les descendants d’Elías García Martínez mis à part.

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique