Malgré un soleil radieux de fin d’après-midi, le parc Yuvileyny est inerte. Fontaines à l’arrêt, aires de jeu désertes. Même l’eau du lac frémit à peine. De l’autre côté de l’avenue vide en ce mardi 10 septembre, ponctuée de feux rouges éteints, des silhouettes solitaires, immobiles, sur les bancs installés à l’ombre des porches. «Je prends l’air avant de monter me coucher», dit, en s’excusant presque, Vera, une petite vieille au visage flétri, sosie fatigué de Mireille Mathieu, sous sa coupe au bol noir de jais. A Pokrovsk, dans l’est de l’Ukraine, face à l’avancée inexorable des troupes russes, le couvre-feu a été avancé à 15 heures.
Pour l’instant, ce quartier méridional a été relativement épargné par les missiles et les bombes, mais «ça tape de plus en plus fort, surtout la nuit», dit Vera, qui n’a commencé à vraiment s’inquiéter que ces derniers jours. La ligne de contact n’est plus qu’à huit kilomètres, des détonations sourdes retentissent sans relâche.
Depuis trois semaines, la cité, peuplée avant la guerre de plus de 60 000 habitants, tire le rideau et plie bagage, se vidant de ses commerces, services et institutions. Les banques ont fermé, restent quelques distributeurs réapprovisionnés de manièr




