Tous les épisodes de notre série de l’été 2022, «Une histoire peut en cacher une autre», à retrouver ici.
Vendredi 13 décembre 1996, château de Dublin, Irlande. L’ambiance est particulièrement tendue en cette première journée du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement. Les Quinze doivent adopter le «Pacte de stabilité» budgétaire qui imposera aux pays qui se qualifieront pour l’euro de limiter pour l’éternité leur déficit public à 3 % du PIB (produit intérieur brut) sous peine de sanctions financières. Ça coince, car l’Allemagne et la France n’arrivent pas à s’entendre sur un point en apparence technique, mais qui dissimule une question de fond : un PIB en récession peut-il dispenser de sanctions ? Et si oui, à partir de quel seuil ? La négociation se focalise sur un pourcentage : Bonn (1) exige que les sanctions pour déficit «excessif» soient automatiques jusqu’à une récession de -2 %. Paris veut que les gouvernements décident dans tous les cas. Pilotage automatique d’un côté, primauté du politique de l’autre : un compromis est-il possible ?
Mais la négociation qui s’engage est pipée, car le hasard a donné un coup de pouce à l’Allemagne. Une information glanée… aux toilettes par le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Lors d’une suspension de séance, il s’y retrouve, par hasard, en même temps que Jacques Chirac qui s’est enfermé à double tour dans la cabine voisine. Le président français (pantalon sur les chevilles ?) discute en détai