Dans l’après Seconde Guerre mondiale et les prémices de la guerre froide, Georges Minden, émigré roumain passé par l’Angleterre, organise au sein de la CIA un programme spécial pour faire passer de l’autre côté du rideau de fer la littérature, qui y est interdite par le nouveau maître soviétique de cette partie de l’Europe. En Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie et jusqu’à l’intérieur de l’URSS, en trente-cinq ans, dix millions d’ouvrages se seront infiltrés dans le bloc de l’Est, voyageant au fond des valises de diplomates, d’étudiants en voyage de recherche, d’artistes en tournée, ou par voie postale.
Une incroyable histoire de résistance, qui, dans notre époque de délitement diplomatique, du règne de l’idiotie, de la fake news et de la censure rampante, souffle comme un petit courant d’air frais. Rencontre avec l’auteur de cette passionnante enquête, le journaliste britannique Charlie English, auteur du Book Club de la CIA. Le secret le mieux gardé de la guerre froide (éditions des Equateurs).
Comment la CIA, qui a plutôt l’habitude d’organiser des coups d’Etat, a-t-elle pu imaginer quelque chose d’aussi intellectuel qu’un programme littéraire ?
D’abord, en 1949, la CIA avait créé le «Free Europe Committee» [chargé d’organiser la propagande américaine derrière le rideau de fer, ndlr]. Ils ont commencé par des radios [Radio Free Europe], qui ont eu beaucoup de succès. Ils ont aussi mené une opération de ballons, qui était un peu folle :




