
«Personne n’aurait pu prédire la situation actuelle» : en Roumanie, la disgrâce brutale de l’acier
Dans la tribune des ultras de l’Otelul («l’acier») Galati, Ionut Puscasu est un des premiers à s’installer. Tee-shirt et pantalon noirs, ce sidérurgiste est un habitué du stade de foot, propriété de Liberty Galati, une des plus grandes aciéries d’Europe de l’Est, installée en Roumanie, près de la frontière moldave, aujourd’hui dans le viseur de la justice roumaine. Des logos blancs sur fond bleu bordent le terrain. «J’avais 3 ans lorsque mon père m’a emmené au match pour la première fois», raconte Ionut d’une voix émue, l’écharpe de son équipe nouée autour du cou.
Le club est né en 1964, en même temps que l’immense complexe sidérurgique de Galati, où le lamineur travaille depuis vingt-cinq ans. Ou plutôt, travaillait. Depuis le 1er septembre, Ionut est au chômage technique, comme plus de la moitié des 3200 salariés restants. «La situation est grave. Nous sommes censés recevoir 75 % du salaire, mais nous n’avons rien perçu», explique l’homme de 42 ans, les yeux plissés face au soleil d’octobre.
Dans ses heures de gloire des années 70, l’aciérie de Galati employait plus de 40 000 personnes venues de tout le pays et produisait jusqu’à 8 millions de tonnes d’acier par an. Le colosse de métal se dresse sur une colline près du Danube, dans le sud-est du pays. Un chemin de fer le relie au chantier naval, second poumon économique de cette commune portuaire. «Le combinat a développé la ville. Pendant la période communiste, il a contribué à la construction de