L’impression d’un camp de réfugiés. En face du grand hôpital Can Misses, sur un terrain vague arboré d’où on voit, tout là-haut, la majestueuse vieille ville fortifiée d’Ibiza, c’est une longue enfilade de caravanes et de tentes recouvertes de bâches en plastique pour protéger des intempéries. De-ci de-là, des motos et des voitures de bonne facture laissent à penser que ce n’est pas vraiment un camp d’urgence. Ici, tout le monde ou presque a un emploi. Mais personne ne peut se loger ailleurs. C’est ici ou rien.
Marisol et sa fille Milagros, deux Péruviennes, travaillent dans la restauration. «En ville, la moindre chambre pour deux, c’est minimum 600 euros. Impossible avec notre salaire !» Même son de cloche de leurs voisins Angel, Vénézuélien, et Fernando, Colombien : «On bosse dans l’hôtellerie. Se loger est un luxe ici. Alors on prend nos douches à la Croix-Rouge et on attend qu’un vrai toit se libère.» Fernando, presque 50 ans, la voix en partie couverte par la soufflerie de l’hôpital, montre la vastitude du campement : «Ici, vous trouvez des infirmiers, des profs, des fonctionnaires. La police vient régulièrement faire pression pour qu’on décampe, alors certains se déplacent.» En se promenant au gré des 572 km2 de l’île, on voit fourmiller des campements de fortune, à l’orée d’une forêt ou au creux d’un vallon. Là aussi, des gens pourvus d’un emploi, mais dépourvus de toit.
Si en Espagne, le logement est un drame, dans l’archipel des Baléares et tout




