En ce mois de mars 2024, deux ans après le début de «l’opération spéciale» en Ukraine, et quelques jours avant l’élection présidentielle, Moscou ne ressemble ni à la capitale d’un pays en guerre ni à celle d’un pays qui doit élire un chef d’Etat. La capitale demeure la ville la plus riche de Russie. Les décorations du nouvel an – d’énormes boules illuminées et autres guirlandes – sont encore visibles dans les rues centrales. Qui accueillent aussi, toute la semaine, un festival «Maslenitsa», l’équivalent de la Chandeleur dans la tradition orthodoxe, qui est célébrée pendant les sept jours qui précèdent le Carême, avec blinis, caviar et toutes sortes de harengs.
Ces deux dernières années, la vie des Moscovites ne s’est pas distinguée par un ascétisme particulier. Les restaurants et les cafés ne désemplissent pas, même si nombre d’entre eux ont changé de propriétaires, les anciens ayant émigré. L’année dernière, à la même période, le soir, seules des femmes s’asseyaient aux tables des cafés : un grand nombre de jeunes hommes avaient fui le pays, ou se cachaient, pour échapper à la mobilisation générale décrétée par Vladimir Poutine en septembre 2022. Au cours de cette deuxième année de guerre, la population de la capitale a sensiblement changé. Les Moscovites – intellectuels, artistes, entreprene