Le comité a tranché. María Corina Machado, 58 ans, a été récompensée ce vendredi 10 octobre du prix Nobel de la paix pour ses efforts «en faveur d’une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie». Quelque 338 concurrents étaient en lice, dont 224 personnalités et 94 organisations. «Maria Corina Machado est l’un des exemples les plus extraordinaires de courage civique en Amérique latine ces derniers temps», a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, à Oslo. Elle «a été une figure clé de l’unité au sein d’une opposition politique autrefois profondément divisée, une opposition qui a trouvé un terrain d’entente dans la revendication d’élections libres et d’un gouvernement représentatif», a-t-il ajouté.
«Je suis sous le choc !», a réagi María Corina Machado à l’annonce de ce prix. «Je suis très reconnaissante au nom du peuple vénézuélien», a-t-elle dit, réveillée en pleine nuit par l’appel, filmé, du secrétaire du comité Nobel, Kristian Berg Harpviken, qui l’a informée, la voix étranglée par l’émotion, qu’elle avait remporté le prix.
«Cette immense reconnaissance de la lutte de tous les Vénézuéliens nous encourage à mener à bien notre tâche : conquérir la liberté. Nous sommes à deux doigts de la victoire et, aujourd’hui plus que jamais, nous pouvons compter sur le président Trump, le peuple américain et les peuples d’Amérique», a-t-elle écrit sur X, estimant aussi qu’à titre personnel, elle «ne mérit(ait) pas le prix».
Emmanuel Macron, de son côté, a salué dans un communiqué «son courage et son engagement résolu en faveur de la démocratie et de la liberté au Venezuela et exprimé la reconnaissance de la France pour son action», affirmant que le Nobel de la paix était «la juste récompense de son combat.» «María Corina Machado incarne avec éclat l’espérance de tout un peuple, un idéal universel», poursuit le président.
Profil
Entrée en politique au début des années 2000 en militant pour un référendum contre Hugo Chavez, elle a fait de la chute du régime chaviste la cause de sa vie. Ingénieure de formation et mère de trois enfants, elle a été empêchée de se présenter à la présidentielle de 2024, malgré sa large popularité.
Favorite des sondages, elle a gagné le surnom de «libertadora» («libératrice»), mais elle est aujourd’hui obligée de vivre dans la clandestinité dans un Venezuela qu’elle a refusé de quitter. Le président chaviste Nicolás Maduro, héritier politique de Hugo Chavez et qui dirige le pays depuis 2013, a été réélu en 2024 dans un scrutin jugé usurpé par de nombreux pays.
«Le Venezuela est passé d’un pays relativement démocratique et prospère à un Etat brutal et autoritaire en proie à une crise humanitaire et économique», a noté le président du comité Nobel norvégien, soulignant que huit millions de personnes avaient quitté le pays. Le 30 septembre 2024, María Corina Machado avait reçu le prix Vaclav-Havel du Conseil de l’Europe, récompensant des défenseurs des droits de l’homme.
L’accord de Gaza pas pris en compte
L’année dernière, le Nobel de la paix avait été remis à l’organisation japonaise Nihon Hidankyo. Fondée en 1956, cette organisation milite pour les droits des victimes des bombes nucléaires. En 2023, c’est la militante iranienne des droits humains Narges Mohammadi qui avait été récompensée.
Composé de cinq membres, le comité Nobel prend généralement sa décision plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avant l’annonce officielle, et se réunit une dernière fois dans la dernière ligne droite avant ladite annonce pour peaufiner ses attendus. La dernière réunion du comité s’est tenue lundi 6 octobre. Ainsi, l’accord entre Israël et le Hamas trouvé dans la nuit de mercredi à jeudi n’a eu «absolument aucune conséquence» sur le choix du lauréat 2025 car «le comité Nobel a déjà pris sa décision», a précisé jeudi 9 octobre l’historien Asle Sveen, spécialiste du Nobel.
Car depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump lorgnait sur le prix, revendiquant un rôle dans la résolution de multiples conflits dans le monde. Peu après l’annonce de l’attribution de la récompense, la Maison Blanche a affirmé que le comité avait fait passer «la politique avant la paix». «Le président Trump continuera à conclure des accords de paix, à mettre fin aux guerres et à sauver des vies», a réagi le directeur de la communication de la Maison Blanche, Steven Cheung, sur X. De fait, Donald Trump avait averti qu’il prendrait comme «une insulte» le fait que la décoration lui échappe. «Tout le monde dit que je devrais l’avoir», avait-il lancé fin-septembre depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU.
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Mi-septembre, face aux pressions émises outre Atlantique, le comité du Nobel de la paix, basé en Norvège, s’était fendu d’une déclaration pour rejeter toute influence. «Nous voyons bien qu’il y a beaucoup d’attention médiatique autour de certains candidats. Mais cela n’influe en rien sur les discussions en cours au sein du comité qui examine chaque candidature en fonction de ses propres mérites», avait déclaré son porte-parole Kristian Berg Harpviken.
María Corina Machado remporte ainsi le précieux prix tant convoité, mais également un chèque non négligeable : la coquette somme de 11 millions de couronnes suédoises, soit près de 950 000 euros, en plus d’une médaille d’or de 18 carats.
Mise à jour à 16 h 04 avec le tweet de María Corina Machado.




