Une rencontre, la sixième depuis le retour officiel de Donald Trump à la Maison Blanche, pour plaider la cause de l’Ukraine et tenter de mettre fin à près de quatre ans de guerre avec la Russie. Ce dimanche à partir de 13 heures (19 heures à Paris), le président américain, Donald Trump, et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky se retrouveront en Floride, dans la résidence privée du milliardaire à Mar-a-Lago, pour évoquer le plan américain visant à mettre fin à la guerre. Principaux sujets sur la table : les garanties de sécurité pour Kyiv en cas d’accord de paix, le sort du Donbass, la gestion de la centrale nucléaire de Zaporijia, la question de non-adhésion à l’Otan ou encore la tenue d’élections en Ukraine.
Autant de sujets qui n’avaient encore jamais été tranchés lors des précédentes rencontres entre les deux dirigeants. Libération vous propose une rétrospective des cinq précédents tête-à-tête, leurs enjeux et leurs avancées (ou non).
Le 17 octobre 2025, une rencontre «tendue et difficile»
Il s’agit de la dernière entrevue entre les deux présidents. Le 17 octobre dernier, au lendemain d’un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine, Trump accueille Volodymyr Zelensky à la Maison Blanche. Il tente alors de persuader son homologue ukrainien de céder la province disputée du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, lors de discussions «tendues» selon un haut responsable ukrainien. La même source souligne que les échanges avec Trump n’ont «pas été faciles» et que les efforts diplomatiques visant à mettre fin à la guerre entre la Russie et l’Ukraine ont «tourné en rond».
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Zelensky repart de Washington les mains vides après que Donald Trump a rejeté sa demande de missiles de longue portée Tomahawk et l’a incité à conclure un accord. «Je lui ai dit, comme je l’avais également fortement suggéré au président Poutine, qu’il était temps d’arrêter les tueries et de conclure un ACCORD !», lâche ensuite sur son réseau Truth Social le locataire de la Maison Blanche, visiblement énervé.
Le 18 août, une réunion élargie aux dirigeants européens, sans plus de progrès
Le vendredi 15 août, Donald Trump rencontre Vladimir Poutine en Alaska. Une réunion de plus de trois heures, sans aucune avancée ni aucun accord de cessez-le-feu. Echec cuisant. Trois jours plus tard, le 18 août, le président américain reçoit à la Maison Blanche Zelensky, accompagné d’une délégation européenne fournie venue lui prêter main-forte : la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président français, Emmanuel Macron, son homologue finlandais, Alexander Stubb, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et la cheffe du gouvernement italienne, Giorgia Meloni. Hors UE étaient présents Keir Starmer, Premier ministre du Royaume-Uni, ainsi que le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte.
Donald Trump démarre par un tête-à-tête d’une dizaine de minutes avec Volodymyr Zelensky. Le premier souligne que les Etats-Unis seraient impliqués dans la sécurité de l’Ukraine après la guerre, tout en rappelant sa volonté d’organiser une rencontre tripartite avec Poutine ; le second remercie le locataire de la Maison Blanche pour ses efforts vers la paix.
Les dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, se joignent ensuite à leurs homologues. Conclusion : aucun accord concret sur les garanties de sécurité voulues par l’Ukraine, et aucune mention des concessions territoriales.
Le 25 juin, un échange «agréable» mais qui ne mène à rien
En marge du sommet de l’Otan à La Haye le 25 juin 2025, les deux dirigeants s’éclipsent une petite heure pour échanger en tête à tête. A la sortie, Zelensky, «satisfait», décrit cette réunion privée comme «longue et constructive», durant laquelle «tous les sujets importants ont été abordés». Et de poursuivre : «Nous avons discuté de la manière de parvenir à un cessez-le-feu et à une véritable paix», mais aussi de «l’achat de systèmes américains de défense aérienne» et du «potentiel de coproduction de drones».
De son côté, Donald Trump, interrogé sur cette réunion et sur une éventuelle discussion sur un cessez-le-feu, dresse un compte rendu différent : «Non, non. Je voulais juste savoir comment il allait. Il a été très gentil. C’était très agréable. Ce que j’ai retenu de cette rencontre, c’est que Zelensky veut que la guerre prenne fin. Je dois parler à Vladimir Poutine et voir si nous pouvons y mettre fin.»
Le président américain a toutefois déclaré qu’il envisageait d’envoyer davantage de batteries de missiles Patriot en Ukraine, précisant que les systèmes antimissiles étaient «très difficiles à obtenir».
Le 26 avril, un tête-à-tête en marge des obsèques du pape
Deux chaises rouges plantées au milieu de la basilique Saint-Pierre, une discussion d’à peine quinze minutes et une photo qui fait le tour du monde, deux mois après la catastrophique rencontre entre les dirigeants américain et ukrainien. Le 26 avril 2025, en marge des funérailles du pape François, Trump et Zelensky échangent, au milieu du marbre et de peintures de Michel-Ange, d’un possible cessez-le-feu.
«Bonne réunion […] J’espère que nous obtiendrons des résultats sur tous les points abordés», commente le dirigeant ukrainien sur les réseaux sociaux, disant vouloir une nouvelle fois «un cessez-le-feu total et inconditionnel». La Maison Blanche juge également la rencontre «très productive». Des discussions davantage symboliques que décisives.
Le 28 février, une rencontre qui tourne à l’humiliation de Zelensky
Il s’agit de la rencontre la plus commentée entre les deux dirigeants, et sûrement la plus spectaculaire. Non pas pour la teneur des discussions, mais plutôt pour cet échange public houleux qui restera dans les annales des échanges diplomatiques. Ce jour-là, le 28 février 2025, alors que Trump et Zelensky se rencontrent à la Maison Blanche pour une réunion qui était censée conclure un accord sur l’exploitation de minerais en Ukraine, la discussion bascule en quelques minutes.
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Le président ukrainien est d’abord pris à partie sur son costume par Brian Glenn, un présentateur proche de MAGA, mouvement créé par Donald Trump. «Pourquoi ne portez-vous pas de costume ?», lance-t-il à l’intention de Zelensky, qui arbore ce jour-là un simple pull noir arboré du trident ukrainien. Le journaliste, compagnon de Marjorie Taylor Greene, insiste : «Vous êtes avec le plus haut niveau de la fonction publique de ce pays et vous refusez de porter un costume. Je veux juste… Avez-vous un costume ? Beaucoup d’Américains ont un problème avec le fait que vous ne respectiez pas la présidence.»
«Je porterai un costume quand cette guerre sera finie, lui répond Zelensky. Peut-être que je porterai quelque chose qui ressemble au vôtre… Peut-être quelque chose de mieux. Ou quelque chose de moins cher.»
Alors que cette réunion avait déjà largement dérapé, le président américain accuse ensuite brutalement son homologue ukrainien de refuser la paix et de manquer de respect aux États-Unis. «Vous jouez avec la vie de millions de personnes. Vous jouez avec la Troisième Guerre mondiale. Et ce que vous faites est très irrespectueux envers ce pays, notre pays, lance-t-il. Vous n’avez pas les cartes en main. Et vous n’avez pas l’air du tout reconnaissant, ce n’est pas bien !»
Son vice-président, JD Vance, houspille à son tour Zelensky pour l’«ingratitude» de ses «tournées de propagande aux Etats-Unis», sans un «merci» pour son hôte malgré les bonnes grâces de Washington. «Avez-vous déjà été en Ukraine pour voir nos problèmes ?», lui rétorque-t-il.
Après ce long affrontement verbal, le président ukrainien quitte finalement la Maison Blanche de manière prématurée, sa dignité intacte et la tête haute, mais les mains vides, sans aucune signature d’un accord autour des minerais.




