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Russie : déjà condamné une première fois, le Français Laurent Vinatier pourrait être jugé fin février pour «espionnage»

Le chercheur était employé en Russie par une ONG suisse faisant de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels. Il est incarcéré depuis juin 2024 pour ne pas s’être enregistré en tant qu’«agent de l’étranger».

Laurent Vinatier lors de son procès à Moscou le 14 octobre 2024. (Alexander Nemenov/AFP)
Publié le 26/11/2025 à 17h54

Vers un nouveau procès pour Laurent Vinatier ? Le chercheur français, détenu en Russie depuis un an et demi, pourrait passer une nouvelle fois devant les juges fin février, cette fois pour espionnage, selon son avocat français. Une audience, initialement annoncée pour ce jeudi, a «eu lieu le 21 novembre, sans doute par souci de discrétion», a déclaré ce mercredi 26 novembre Me Frédéric Bélot. L’enquête pour espionnage a été «prolongée, avec remise des conclusions fin janvier et sans doute procès le 28 février», a-t-il précisé, comme également évoqué par le magazine Intelligence Online.

Laurent Vinatier, spécialiste de 49 ans de l’espace post-soviétique, est incarcéré depuis juin 2024 en Russie. Il a été condamné en octobre de la même année à trois ans de prison pour ne pas s’être enregistré en tant qu’«agent de l’étranger», label utilisé par les autorités russes pour réprimer leurs détracteurs. Depuis fin août, il est visé par de nouvelles accusations d’espionnage, passibles d’un maximum de 20 ans de prison.

«Nous sommes très attentifs à la procédure pénale en cours. Nous espérons que les arguments de la défense seront entendus et nous comptons sur le soutien de la diplomatie française, qui est très important pour Laurent et sa famille», a souligné Me Bélot. L’avocat a précisé que Laurent Vinatier allait «bien».

Un «prisonnier politique»

«Les autorités françaises restent pleinement mobilisées pour porter assistance à Laurent Vinatier, arbitrairement détenu en Russie, et pour accompagner ses proches», a indiqué le Quai d’Orsay, précisant que «le consulat général de France à Moscou continuera de suivre attentivement [sa] situation». Le chercheur était employé en Russie par une ONG suisse faisant de la médiation dans des conflits hors des circuits diplomatiques officiels, notamment concernant la guerre en Ukraine.

Fin août, Brigitte et Alain Vinatier avaient déclaré que leur fils était un «prisonnier politique», un «pion» utilisé par les Russes pour «faire pression». «S’il reste vingt ans, c’est sûr qu’on sera morts» quand il sera libéré, s’était inquiétée sa mère, précisant qu’il avait été transféré récemment à la prison moscovite de Lefortovo, connue pour accueillir des détenus visés par des affaires à résonance politique.

Ces derniers mois, Paris a exigé de Moscou sa libération, accusant la Russie de chercher à prendre des Occidentaux en otage, alors que les relations entre les deux pays sont au plus bas depuis le début de la guerre en Ukraine lancée par la Russie en février 2022 et les sanctions qui ont suivi. La France se voit notamment reprocher par Moscou son soutien militaire à Kyiv.

Une cinquantaine de personnalités, dont les écrivains Emmanuel Carrère et Annie Ernaux, ont également récemment demandé à la France d’œuvrer à sa libération dans une tribune publiée dans le Monde.

Soupçons d’espionnage en France au profit de Moscou

Cette affaire se déroule alors qu’une série d’actes de déstabilisation et de désinformation ont été imputés à Moscou depuis deux ans en France. Mardi, trois personnes ont par ailleurs été mises en examen et écrouées à Paris dans le cadre d’une double affaire d’espionnage économique au profit de Moscou et d’ingérence.

L’un des mis en examen, Vyacheslav P., un Russe de 40 ans, a été reconnu par vidéosurveillance en train de coller début septembre sur l’Arc de triomphe des affiches à la gloire de la Russie. Il en aurait ensuite rendu compte au téléphone à la fondatrice de l’association SOS Donbass, une Franco-Russe de 40 ans soupçonnée d’avoir approché des cadres d’entreprises françaises pour obtenir des renseignements économiques.

L’ambassade de Russie en France a confirmé l’arrestation d’Anna Novikova, qui possède les nationalités russe et française. «Nous suivons de près la situation», a-t-elle déclaré, précisant que «compte tenu du caractère délicat de la question, nous estimons qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de faire d’autres commentaires».

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