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Inquiétudes

Russie : mais où est passé Alexeï Navalny, censé être en prison ?

Les soutiens de l’opposant russe, qui purge une peine de dix-neuf ans de prison, ont affirmé qu’ils cherchaient à le contacter sans succès depuis plus d’une semaine. Les chancelleries occidentales s’inquiètent.

Alexeï Navalny le 22 juin. (Alexander Zemlianichenko/AP)
Publié le 12/12/2023 à 13h07, mis à jour le 12/12/2023 à 17h49

Cela fait sept jours que personne n’a de nouvelles de l’opposant. La semaine dernière, les avocats d’Alexeï Navalny, détenu dans la colonie pénitentiaire IK-6, dans l’oblast de Vladimir, à l’est de Moscou, n’ont pas reçu l’autorisation de voir leur client. Au prétexte d’une panne d’électricité, l’opposant n’est pas non plus apparu en visioconférence pour une audience au tribunal jeudi 7 décembre, puis, de nouveau, lundi 11. Au terme d’une interminable attente aux portes du pénitencier, ses avocats se sont entendus dire que «le prisonnier Navalny ne figure plus sur leur registre», sans autre précision, a indiqué sur les réseaux sociaux sa porte-parole, Kira Iarmiche.

La semaine dernière, Navalny, dont la santé ne cesse de se détériorer en détention, s’était senti mal dans sa cellule : il a eu des vertiges et s’est allongé sur le sol, et a dû être placé sous perfusion. «Nous ne savons pas ce que c’était, mais étant donné qu’il est privé de nourriture, qu’il est maintenu dans une cellule punitive sans ventilation et que son temps de promenade est réduit au minimum, cela ressemble à un évanouissement dû à la faim. Depuis cet incident, les avocats ont vu Alexeï, et il va relativement bien. Mais cela fait maintenant trois jours que nous ne savons pas où il se trouve», avait précisé Iarmiche vendredi. Il n’a pas non plus envoyé de lettres depuis un certain temps, ce qui ne lui ressemble pas, tandis que les derniers courriers qui lui étaient adressés n’ont pas été délivrés.

Depuis le début, ses conditions de détentions sont injustement et illégalement sévères, allant jusqu’à l’isolement complet pendant des semaines d’affilée au cachot punitif. Le 27 septembre, l’opposant a même été transféré pour un an en cellule solitaire «EPKT», la peine la plus sévère que prévoit le règlement de tous types de colonies : «Je me sens comme une rock star fatiguée au bord de la dépression. J’ai atteint le sommet du hit-parade, et il n’y a plus rien à quoi aspirer», avait-il ironisé sur son ton habituel.

Mais l’absence de nouvelles et de preuves de vie des derniers jours est extrêmement alarmante. «Cela signifie qu’il peut se trouver n’importe où. Pire encore, il peut se retrouver en transfert pendant plusieurs semaines», a écrit sur Twitter (rebaptisé X) un des lieutenants de Navalny, Leonid Volkov. En août, l’opposant de 47 ans, incarcéré depuis 2021, a vu sa peine de neuf ans en «régime strict» pour «fraude» muée en dix-neuf ans d’emprisonnement dans une colonie à régime spécial pour «extrémisme». Ce qui implique son transfert dans un autre établissement carcéral. Ces transfèrements entre prisons, etapirovanie en russe, prennent souvent plusieurs semaines de voyage par train avec plusieurs étapes. Pendant cette période, les proches des détenus restent sans nouvelles.

Washington «très préoccupé»

Dans la constellation pénitentiaire russe, les colonies à régime spécial, aux conditions d’emprisonnement les plus rudes et souvent situées dans des régions isolées au climat extrême, sont réservées aux condamnés à vie ou pour «récidive particulièrement dangereuse». Dans l’affaire Navalny, l’accusation s’est appuyée sur ce deuxième point. «Comme si les tentatives d’empoisonnement, l’emprisonnement et les conditions inhumaines ne suffisaient pas, Alexeï Navalny peut maintenant être considéré comme une victime de disparition forcée. Le Kremlin ne recule devant rien pour écraser ses détracteurs», a déclaré Denis Krivosheev, directeur adjoint du programme Europe de l’Est et Asie centrale d’Amnesty International, dans un communiqué.

Washington a réagi ce mardi en se disant «très préoccupé» par l’absence d’informations concernant la localisation de Navalny et a appelé à sa libération immédiate. «Il n’aurait tout d’abord jamais dû être emprisonné», a déclaré John Kirby, du Conseil de sécurité nationale américain, ajoutant que les Etats-Unis cherchaient à en savoir plus. L’Union européenne a elle aussi réitéré son appel à la libération «immédiate» de l’opposant, détenu pour des «motifs politiques». «Les dirigeants politiques russes sont responsables de sa santé et de sa sécurité en prison et ils devront rendre des comptes», a écrit sur X le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

«Ingérence inacceptable», a rétorqué le Kremlin. «Il s’agit d’un prisonnier qui a été reconnu coupable et qui purge la peine qu’il a reçue. Nous considérons que toute ingérence, notamment de la part des Etats-Unis, est inacceptable», a fustigé Dmitri Peskov. Interrogé sur le sort de l’opposant, le porte-parole de la présidence russe a coupé court : «Nous n’avons ni l’intention ni la capacité de surveiller le sort des prisonniers et le déroulement de leur séjour dans les institutions concernées.»

Mise à jour à 17h48 avec détails de la détention et réaction d’Amnesty International

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