Un ministre contredit par une autorité administrative indépendante. Dans une lettre envoyée vendredi 19 décembre au ministre délégué de l’Europe et rendue publique ce mardi 23 décembre, Jean-Marie Burguburu, le président de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), dénonce les interrogations portées quelques jours plus tôt par Benjamin Haddad à l’encontre d’ONG œuvrant à Gaza. Le ministre français avait «alerté» début décembre sur des «soupçons de la mise en place par le Hamas dès 2020 de contrôles des organisations, non gouvernementales et internationales, opérant sur les territoires palestiniens» et qui bénéficient de financements de l’UE. Benjamin Haddad se fondait sur le rapport de NGO Monitor, une organisation critiquée pour sa proximité avec le régime israélien.
Pour Jean-Marie Burguburu, ces accusations «sont graves et paraissent en l’état non étayées» et risquent de «mettre en péril l’action de ces organisations, non seulement dans le Territoire palestinien occupé, mais également partout où elles opèrent dans le monde». Elles sont par ailleurs «de nature à décrédibiliser l’ensemble de leurs opérations, en plus de nourrir la désinformation dont elles sont victimes».
#Gaza L’alignement du Ministre français de l’Europe sur la propagande coloniale israélienne qui délégitime les ONG humanitaires, c’est la @CNCDH qui en parle le mieux. L’indépendance de la France a l’épreuve. pic.twitter.com/rOWcWMFPWI
— Jean-françois Corty (@JfCorty) December 23, 2025
Le président de la CNCDH rappelle que l’allocation de financements européens est «encadrée par des conditions strictes», que les ONG accusées opèrent à Gaza de longue date et qu’elles «disposent de mécanismes» pour «réduire au maximum le détournement de l’aide». De plus, les propos de Benjamin Haddad «sont de nature à alimenter et à conforter les motifs avancés pour justifier des restrictions à l’accès à l’aide», note Jean-Marie Burguburu, rappelant au passage que le gouvernement israélien a restreint une nouvelle fois la semaine passée l’accès de plusieurs ONG à Gaza. «Les besoins de la population se trouvant dans la bande de Gaza demeurent immenses ; c’est ce seul critère qui devrait guider la délivrance de l’aide», écrit-il encore.
Un alignement «sur la propagande coloniale israélienne»
Envoyé le 19 décembre, le courrier a été rendu public ce mardi par Jean-François Corty, le président de Médecins du Monde, qui a dénoncé sur les réseaux sociaux «l’alignement du Ministre français de l’Europe sur la propagande coloniale israélienne qui délégitime les ONG humanitaires». Elle a également été partagée par l’eurodéputée insoumise Rima Hassan. Contactée par Libération, la Commission nationale consultative des droits humains nous a confirmé avoir bien envoyé le document.
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Plusieurs ONG citées dans le rapport sur lequel s’appuie Benjamin Haddad avaient déjà réagi dans nos colonnes aux accusations relayées par le ministre délégué. «Nous sommes une organisation humanitaire strictement guidée par les principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance, avait ainsi rétorqué Handicap International. Nous avons des procédures de vérification rigoureuses en place pour notre personnel, qui sont pleinement conformes aux exigences des bailleurs de fonds et aux réglementations en matière de lutte contre le terrorisme. Il n’existe aucune preuve crédible du contraire.»
Ce mercredi 24 décembre, le cabinet de Benjamin Haddad conteste auprès de Libération en partie le contenu du courrier de la CNCDH, assurant que le ministre «ne visait lui-même aucune ONG en particulier». Il affirme avoir simplement «relayé un courrier des parlementaires européens», assurant qu’il «n’était pas dans une démarche d’accusation mais dans une demande de transparence».




