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Soupçons de fraude dans les institutions européennes : Federica Mogherini démissionne

Inculpée à l’issue de sa garde à vue, l’ex-cheffe de la diplomatie de l’UE, qui dirigeait le Collège d’Europe depuis 2020 a annoncé quitter ses fonctions ce jeudi.

Federica Mogherini, à Berlin, le 7 novembre. (Sebastian Christoph Gollnow/dpa Picture-Alliance via AFP)
Publié le 04/12/2025 à 15h53

Federica Mogherini a annoncé jeudi quitter ses fonctions à la tête du Collège d’Europe, à Bruges (Belgique), après son inculpation dans une enquête pour corruption. «Conformément à la rigueur et à l’équité avec lesquelles j’ai toujours exercé mes fonctions, j’ai décidé aujourd’hui de démissionner de mes fonctions de rectrice du Collège d’Europe et de directrice de l’Académie diplomatique de l’Union européenne», a écrit l’ancienne cheffe de la diplomatie de l’UE (de 2014 à 2019) dans un communiqué.

La responsable italienne de 52 ans était depuis cinq ans à la tête du Collège d’Europe, qui forme un grand nombre de fonctionnaires européens. Elle est mise en cause dans une enquête supervisée par le Parquet européen sur des soupçons de favoritisme et de concurrence déloyale dans l’attribution d’un marché public par le service diplomatique de l’UE (EEAS).

«Conflit d’intérêts et violation du secret professionnel»

Les enquêteurs cherchent à déterminer si le Collège d’Europe a été avantagé, dans un appel d’offres possiblement faussé, pour décrocher en 2021-2022 un contrat de l’EEAS portant sur la formation de futurs diplomates européens. Selon le Parquet européen, chargé de lutter contre la fraude aux fonds de l’UE, l’enquête vise des faits de «fraude et corruption dans le cadre de marchés publics, conflit d’intérêts et violation du secret professionnel».

Outre Mogherini, deux personnes ont été inculpées après une journée d’audition par la police belge mardi à Bruges. Il s’agit de Cesare Zegretti, codirecteur du Collège d’Europe chargé des formations et des projets, et de Stefano Sannino, un haut responsable de la Commission européenne, qui a annoncé mercredi mettre fin prématurément à ses fonctions.

«Pas de risque de fuite»

Les trois suspects se sont vu signifier les charges pesant contre eux, sous le contrôle d’un juge d’instruction, puis ont été libérés par la police car le juge a estimé qu’ils ne présentaient «pas de risque de fuite», avait précisé mercredi le parquet européen. D’après son avocate, la levée de la garde à vue de Federica Mogherini, après dix heures d’interrogatoire, n’a pas été assortie d’une mesure de limitation de ses déplacements. «L’interrogatoire s’est très bien passé, ça a duré très longtemps, mais dans une totale transparence et dans la sérénité», a déclaré l’avocate jeudi matin.

Dans le communiqué annonçant sa démission, l’ancienne ministre italienne des Affaires étrangères se dit «fière» et «honorée» d’avoir dirigé le Collège d’Europe avec «l’estime et le soutien» des étudiants, y compris des anciens de l’Académie diplomatique de l’UE, le programme au cœur de l’enquête. Outre son campus de Bruges, le Collège d’Europe a deux autres antennes en Pologne et, depuis 2024, à Tirana, la capitale albanaise.

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