«Des mesures claires et décisives.» A six mois de la 70e édition de l’Eurovision, l’Union européenne de radiotélévision (UER), en charge de l’organisation du concours, a acté une série de nouvelles règles visant à «renforcer la confiance, la transparence et l’engagement du public». Si le directeur de l’événement, Martin Green, a assuré que ces changements avaient pour but de garantir la «neutralité» du concours et d’éviter qu’il ne soit «instrumentalisé», ces annonces sonnent comme une réponse aux polémiques continues sur la participation d’Israël depuis deux ans.
Menaces de boycott du concours
Car depuis le 7 octobre 2023, le malaise règne au sein du concours et les dissensions se font sentir. De nombreux pays ont d’ores et déjà annoncé leur participation à la prochaine édition, mais d’autres, comme la Belgique et la Finlande, ont décidé de repousser leur décision à l’assemblée générale de l’UER, qui se tiendra les 4 et 5 décembre, lors de laquelle les membres doivent se prononcer sur l’exclusion de l’Etat hébreu. L’Espagne, l’Irlande, l’Islande, les Pays-Bas et la Slovénie boycotteront le concours si Israël devait se maintenir. Une menace prise au sérieux par les organisateurs en raison des enjeux économiques. Les diffuseurs espagnols et néerlandais font partie des plus gros contributeurs et leur retrait ferait largement baisser l’enveloppe budgétaire de l’Eurovision.
Pour éteindre le feu des critiques et éviter une implosion du concours, l’UER a donc revu sa copie sur son système de vote. D’une part, en réintégrant les jurys de professionnels lors des demi-finales, qui représenteront 50 % des points à égalité avec le public et passeront de cinq à sept membres, dont deux âgés de 18 à 25 ans, afin de garantir la qualité et la diversité musicale de la compétition. Ces derniers devront par ailleurs signer une déclaration par laquelle ils s’engagent à «voter de façon indépendante et impartiale», afin d’éviter des concertations entre les différents pays.
Liste des participants avant Noël
D’autre part, les votes du public seront limités à 10 par personne, contre 20 auparavant. Cette décision vise à limiter les campagnes de vote massives à l’étranger et s’accompagne d’une surveillance accrue de «campagnes de promotion disproportionnées», notamment de la part de «gouvernements et d’agences gouvernementales». L’an dernier, plusieurs délégations avaient en effet dénoncé les publicités en soutien à la candidate israélienne Yuval Raphael sur les réseaux sociaux. Le diffuseur public néerlandais Avotros accusant l’Etat hébreu d’avoir commis «des ingérences» et de se livrer à «une instrumentalisation politique» de l’événement. L’UER a également déclaré travailler sur la sécurité du vote pour «détecter et empêcher les activités frauduleuses» et «renforcer la surveillance des comportements suspects» dans les résultats. Un travail qui vise, selon Martin Green, à «maintenir l’attention là où elle doit être, c’est-à-dire sur la musique».
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Tous ces changements devraient permettre d’apaiser les discussions en interne, mais il n’est pas certain qu’ils permettent de clore le débat. L’UER se montre d’ailleurs prudente et déclare que ces mesures seront examinées par les pays membres lors de l’assemblée générale, afin de «décider si elles sont suffisantes pour répondre à leurs préoccupations». Preuve que la participation de toutes les délégations coutumières du concours n’est pas acquise, les organisateurs précisent qu’ils travailleront ensuite à «la confirmation de leur participation l’an prochain». Plus tôt dans la semaine, Roland Weissmann, le directeur général de l’ORF, le groupe audiovisuel autrichien organisateur de la prochaine édition, avait déjà affirmé avoir mené un «intense travail» en coulisses pour convaincre le plus de délégations d’être présents.
La liste complète des membres participants devrait être publiée avant la fin de l’année, sans Israël ou sans les pays favorables au boycott, selon les résultats des discussions. Pour prévenir un éventuel retrait massif, l’UER a déjà annoncé le retour de la Bulgarie, la Roumanie et la Moldavie après plusieurs années d’absence. Plus improbable, la participation du Canada serait même une piste sérieuse… Un moyen pour l’UER de sauver la face et ne pas se retrouver en petit comité pour fêter ses 70 ans, en mai 2026.




