Un plan américain bidouillé à la sauce russe. Axios a dévoilé mercredi 19 novembre le nouveau projet de plan américain pour l’Ukraine, dont le contenu a déclenché une levée de boucliers en Europe. Et pour cause : celui-ci prévoit – entre autres – que Kyiv cède à la Russie les régions de Donetsk et Lougansk, ou encore la démilitarisation partielle du pays. Des conditions maximalistes réclamées par le Kremlin et reprises par les Etats-Unis, selon Kyiv. «Trump veut un accord de paix qui récompense Poutine et punit l’Ukraine», analyse sur son site l’historien américain Phillips O’Brien, professeur d’études stratégiques à l’université de St. Andrews.
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Ce plan a été réalisé en catimini par les Américains, sans y associer les Européens, dubitatifs face à liste de concessions réclamées à l’Ukraine, et surtout sans Kyiv quand bien même la guerre a été déclenchée arbitrairement par la Russie. Selon la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, l’émissaire diplomatique Steve Witkoff et le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, ont en effet travaillé «discrètement» sur ce plan en 28 points pendant environ un mois. De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré qu’il comptait en discuter avec son homologue américain «dans les prochains jours». L’AFP a pu consulter et traduire le texte américain. Libération revient sur ce qu’il contient.
De larges portions de territoire concédées
Selon le projet américain, la Crimée, Lougansk et Donetsk deviendraient des régions russes, et plus ukrainiennes. Celles de Kherson et Zaporijjia seraient quant à elles gelées le long de l’actuelle ligne de front. La Russie devrait renoncer aux autres territoires, tandis que l’armée ukrainienne se retirerait de la partie de la région de Donetsk qu’elle contrôle et qui deviendrait une zone tampon démilitarisée appartenant à la Russie. Au terme de ce partage qui suit avant tout les intérêts de Moscou, l’Ukraine verrait sa souveraineté «confirmée» et «toutes les ambiguïtés laissées en suspens ces trente dernières années seront considérées comme réglées».
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Si le projet était accepté en l’état, Kyiv renoncerait également à adhérer à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) et inscrirait cet engagement dans sa Constitution. L’alliance de défense exclurait de son côté dans ses statuts toute adhésion future du pays. Et aucune force de maintien de la paix internationale ne pourrait être déployée sur le sol ukrainien. Il s’agit là encore de plusieurs revendications majeures de la Russie.
Du côté des armées, le plan prévoit que l’armée ukrainienne serait limitée à 600 000 militaires. Il est également attendu que les Etats-Unis et la Russie conviennent de prolonger la validité des traités sur la non-prolifération et le contrôle des armes nucléaires. Et surtout, que l’Ukraine accepte de ne pas être un Etat doté de celle-ci.
Une reconstruction patronnée par Washington
La proposition américaine envisage la tenue d’élections dans le pays sous cent jours et la possibilité d’être «éligible» à l’adhésion à l’Union européenne. En outre, un fonds de développement pour l’Ukraine serait créé. Il viserait à reconstruire des infrastructures gazières ukrainiennes, à réhabiliter des zones affectées par la guerre, à développer de nouvelles infrastructures et à reprendre l’extraction de minéraux et de ressources naturelles, le tout accompagné d’un programme de financement spécial élaboré par la Banque mondiale.
Afin de financer cette reconstruction, 100 milliards de dollars d’actifs russes gelés seraient investis dans des projets menés par les Etats-Unis en Ukraine, les Américains recevant 50 % des bénéfices de l’initiative. L’Europe ajouterait pour sa part 100 milliards de dollars.
Pour ce qui est des échanges de prisonniers, des restitutions de dépouilles, des retours d’otages ou des détenus civils, un comité humanitaire serait créé pour régler ces aspects, et un programme de réunification familiale serait lancé.
La centrale nucléaire de Zaporijjia serait quant à elle relancée sous la supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), et sa production d’électricité irait pour 50 % à l’Ukraine et pour 50 % à la Russie.
Une amnistie totale pour Moscou
Il n’y aurait aucune sanction pour la Russie, puisque toutes les parties impliquées dans ce conflit bénéficieraient d’une amnistie totale pour leurs actions pendant la guerre. Le pays serait donc réintégré dans l’économie mondiale et le G8, et aurait même droit à un accord de coopération économique à long terme avec les Etats-Unis.
Le plan invite en outre à la signature d’un «accord de non-agression» entre la Russie, l’Ukraine et l’Europe. Si la Russie envahissait l’Ukraine, elle ferait face à une réponse militaire «coordonnée» et se verrait à nouveau imposer des sanctions internationales. Même traitement pour Kyiv, qui se verrait retirer toute garantie de sécurité si un missile était lancé sur Moscou ou Saint-Pétersbourg «sans raison valable».
La mise en œuvre de ces 28 points serait surveillée par un «conseil de paix» présidé par Donald Trump. Cerise sur le gâteau : un groupe de travail conjoint américano-russe sur les questions de sécurité serait créé afin de promouvoir et de garantir le respect de toutes les dispositions du présent accord.




