En couvrant une manifestation d’un parti prokurde de gauche, le DEM, pour dénoncer l’offensive syrienne contre les Kurdes, lundi 19 janvier au soir à Istanbul, Raphaël Boukandoura faisait son job de journaliste en Turquie, où il vit et travaille depuis 2015, doté d’une carte de presse turque en bonne et due forme. Le journaliste français a été arrêté par la police qui lui reproche notamment d’avoir scandé des slogans en kurde.
Raphaël Boukandoura, qui travaille pour Libération, Mediapart, Ouest France et Courrier International a pourtant respecté les directives de la police surveillant le rassemblement, n’a jamais pris part à la manifestation ni n’a scandé de slogans, comme il l’a déclaré en garde à vue dans la nuit de lundi à mardi lors de sa déposition que Libération a pu lire.
Dans un communiqué commun, les quatre médias français ont réclamé sa libération immédiate : «Raphaël Boukandoura est un excellent professionnel, installé en Turquie depuis 2015. Nous pensons à sa famille. La liberté d’informer est un droit essentiel». Le Syndicat national des journalistes (SNJ), premier dans la profession, a aussi «exigé la libération immédiate» du journaliste, rappelant «avec force que ce journaliste ne faisait qu’exercer son métier».
«Des nouvelles mercredi matin»
D’abord placé en garde à vue au commissariat du quartier de Sarigazi lundi soir, il a ensuite été transféré dans celui d’Arnavutköy, près de l’aéroport d’Istanbul, ce qui laisse craindre une expulsion prochaine. «Nous aurons des nouvelles demain matin», soit mercredi 21 janvier, a déclaré mardi son avocate turque, Emine Özhasar.
A Paris, le ministère français des Affaires étrangères a publié une déclaration demandant que le reporter puisse «recouvrer la liberté le plus rapidement possible». «Nous avons appris hier soir l’arrestation du journaliste français Raphaël Boukandoura, alors qu’il couvrait un rassemblement à Istanbul, a indiqué le ministère. Notre ambassade en Turquie, avec le consulat général à Istanbul, suit la situation de près et se tient prêt à exercer la protection consulaire.»
Communiqué
L’organisation Reporters sans frontières avait confirmé lundi soir la garde à vue de Raphaël Boukandoura, appelant à «la libération immédiate du journaliste qui ne faisait rien d’autre que son devoir légitime en couvrant cette protestation».
Raphaël Boukandoura «n’est pas un manifestant, et on ne peut traiter un journaliste comme un criminel», martelait dès lundi soir Erol Onderoglu, représentant de RSF en Turquie, avant d’appeler les autorités turques à «revenir sur cette grave injustice». RSF place la Turquie à la 159e place sur 180 de son classement de la liberté de la presse, entre le Pakistan et le Venezuela.
Cessez le feu de quatre jours
Après plusieurs jours de combats, l’armée syrienne s’est déployée lundi dans les zones dont les forces kurdes se sont retirées, portant un sérieux coup aux espoirs d’autonomie des Kurdes. Le ministère syrien de la Défense a annoncé mardi soir un cessez-le-feu de quatre jours dans le nord du pays, que les forces kurdes se sont engagées à respecter. Proche allié de la nouvelle direction syrienne qui a renversé, en décembre 2024, Bachar al-Assad, le président turc Recep Tayyip Erdogan a salué de son côté l’offensive «méticuleuse de Damas».
Selon le parti DEM, troisième force au Parlement turc, qui organisait le rassemblement dans le quartier de Sancaktepe, plusieurs membres du parti ont également été interpellés. Le parti entendait dénoncer «la mort de nombreux civils, y compris femmes et enfants», dans les quartiers à majorité kurde d’Alep «transformés en zones de guerre».
Ces derniers développements ont suscité l’inquiétude de la minorité kurde (20 % environ de la population) en Turquie, alors que le gouvernement est engagé dans un processus de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan, guérilla en lutte contre Ankara depuis plus de quatre décennies. Le DEM a notamment dénoncé le «sabotage» des efforts de paix en Turquie, qui partage plus de 900 km de frontière avec la Syrie.
Mise à jour mardi 20 janvier à 19 heures avec les déclarations de l’avocate, des précisions sur la garde à vue et les communiqués des médias pour lesquels Raphaël Boukandoura travaille.




