Des centaines de milliers d’Ukrainiens à nouveau plongées dans le froid. Une attaque aérienne russe ayant eu lieu dans la nuit de lundi à mardi 20 janvier a privé d’électricité «plus d’un million» d’habitants de Kyiv, a affirmé dans la soirée le président, Volodymyr Zelensky. Conséquence, des milliers d’immeubles résidentiels de la capitale, et y compris le Parlement ukrainien, étaient sans chauffage alors que le thermomètre descend sous les -10 °C. Ces bombardements nocturnes ont aussi provisoirement privé la centrale nucléaire de Tchernobyl d’alimentation externe.
Reportage
Dans la journée, 4 000 bâtiments d’habitation étaient toujours sans chauffage, et une vaste partie de la ville privée d’eau au robinet, a souligné le maire de Kyiv, Vitali Klitschko, la Russie continuant ses bombardements sur les infrastructures énergétiques de l’Ukraine. Ceux-ci ont fait un blessé dans la capitale et un mort, dans la banlieue nord, à Boutcha, où un massacre a été commis en mars 2022 par l’armée russe.
«Poutine s’en sert pour briser la résistance»
Dans la nuit de lundi à mardi, la Russie a d’abord tiré sur la capitale plus de 300 drones de combat à longue portée, selon Volodymyr Zelensky. Avant de lancer un nombre «significatif» de missiles de croisière en direction de la ville et sa région. Des explosions ont été entendues à plusieurs reprises dans le centre de Kyiv, selon des journalistes présents sur place. D’autres régions ukrainiennes ont également subi des bombardements sur leurs infrastructures énergétiques au cours de la nuit, notamment celle de Rivne, où plus de 10 000 foyers se sont retrouvés sans courant, d’après l’administration régionale.
En raison des nombreuses attaques russes visant Kyiv, plus de 600 000 personnes ont quitté la capitale – qui compte 3,6 millions d’habitants –, a fait savoir l’édile dans un entretien à l’AFP. «Tout le monde n’a pas la possibilité de quitter la ville mais, en ce moment, la population a diminué», assure-t-il. Sur place, des journalistes de l’AFP ont également constaté la fermeture de magasins et de restaurants en raison des coupures de courant, ainsi que la mise hors service de feux de circulation et l’extinction de l’éclairage public la nuit dans certains quartiers. «La température frôle les -20 °C et Poutine s’en sert pour briser la résistance, plonger tout le monde dans la dépression, créer de la tension dans la société», a dénoncé Vitali Klitschko, qui affirme que la «situation est très critique».
Perte d’attention internationale
Le président ukrainien s’est dit de son côté «inquiet» d’une perte d’attention internationale sur le pire conflit en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, à cause du différend causé par les velléités de Donald Trump de s’emparer du Groenland. Volodymyr Zelensky a rappelé ce mardi que l’Ukraine avait reçu un nouveau stock de missiles de défense aérienne mais qu’il y avait un besoin urgent de nouvelles livraisons, priant sur X ses «partenaires» de «ne pas manquer à cet engagement». «Les missiles de défense aérienne sont une véritable protection pour la vie humaine», a-t-il ajouté.
De son côté, le ministre des Affaires étrangères ukrainien Andrii Sybiha a appelé sur X à ce que la «frappe barbare» de Vladimir Poutine ce mardi soit un «signal d’alarme pour les dirigeants du monde réunis à Davos». «Il est urgent de soutenir le peuple ukrainien», a-t-il ajouté, «il n’y aura pas de paix en Europe sans une paix durable pour l’Ukraine».
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Ces nouvelles frappes russes interviennent une dizaine de jours après la pire attaque de Moscou sur le réseau énergétique de Kyiv depuis le début de son invasion de l’Ukraine il y a quatre ans. Chaque hiver depuis le début de la guerre, Moscou pilonne les infrastructures énergétiques de son voisin. Début janvier, des bombardements massifs avaient déjà plongé Kyiv dans le noir et privé la moitié de ses habitants de chauffage.
Vendredi, Vitali Klitschko avait annoncé la fermeture des écoles de Kyiv jusqu’à la fin du mois en raison des bombardements russes sur les infrastructures énergétiques. L’administration municipale avait également annoncé l’instauration de nouvelles mesures pour économiser de l’électricité avec une réduction de l’éclairage public des rues à 20 % de ses capacités et un arrêt des illuminations décoratives. En parallèle, le ministre ukrainien de l’Energie avait ordonné aux entreprises publiques d’augmenter leurs importations d’électricité. De quoi pousser Volodymyr Zelensky a décrété un «état d’urgence» dans le secteur énergétique.




