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Un Français suspecté d’être devenu un tueur à gages de l’Iran arrêté aux Pays-Bas

Le régime iranien, le cartel de narcotrafiquants néerlandais «Mocro Maffia», un ex-fondateur du parti d’extrême droite espagnol Vox… Un dealer francilien aurait des liens avec tous ces acteurs dans une affaire internationale hors norme. Il vient d’être arrêté aux Pays-Bas.

Arnhem, aux Pays-Bas, le 11 mai 2024. (Nikos Oikonomou/Anadolu via AFP)
Publié le 19/06/2024 à 19h00

C’est la fin d’une cavale qui aura duré deux ans. La police espagnole vient d’annoncer ce mercredi 19 juin l’arrestation aux Pays-Bas de Mehrez Ayari, 38 ans. Ce Francilien d’origine tunisienne – connu dans l’Hexagone pour des délits liés au trafic de drogue et peut-être un meurtre – est suspecté de la tentative d’assassinat début novembre d’Alejo Vidal-Quadras.

Cet ex-vice-président du Parlement européen et ancien membre fondateur du parti d’extrême droite espagnol Vox est très proche d’opposants au gouvernement iranien. «Pour moi, il est évident que cet attentat a été commandité par Téhéran. Mais c’est une chose d’avoir une certitude, une autre de le prouver judiciairement», a expliqué l’homme politique au journal Le Monde. Si cette accusation est confirmée par la Justice, Alejo Vidal-Quadras serait le premier homme politique européen victime d’une tentative d’assassinat commanditée par le régime des Mollahs.

Mais comment un petit dealer francilien serait-il devenu un tueur à gages à la solde de l’Iran ? Cette affaire est hors norme et implique de nombreux pays, d’où la difficulté à la dénouer. Selon les informations du Monde, «Mehrez Ayari a été arrêté sous une fausse identité le 6 juin à Haarlem, près d’Amsterdam, par les policiers néerlandais, tandis qu’il s’apprêtait, précise une source proche de l’enquête, à commettre un nouveau meurtre à connotation ‘‘politique’’».

Revenons au 9 novembre 2023. Ce jour-là, Alejo Vidal-Quadras était en train de rentrer de sa promenade habituelle, à Madrid, raconte-t-il au Monde, quand il entend un homme, dans son dos, lui dire «Holà señor». Il a peine le temps de se retourner. Une balle lui traverse la mâchoire. Il survit miraculeusement grâce à un passant qui stoppe l’hémorragie avec un vêtement.

Une implication probable de l’Iran

D’après le quotidien espagnol El Pais – puis confirmé au Monde par Alejo Vidal-Quadras lui-même –, 80 % de la campagne de Vox aux élections européennes en 2014 a été financée par des «dons légaux de particuliers» émanant de dissidents iraniens en exil. L’ex-eurodéputé espagnol en est certain : le gouvernement iranien est le commanditaire de cette tentative d’assassinat.

Cette hypothèse semble surprenante, voire peu plausible, à premier abord. Pourtant, elle n’étonne pas plusieurs experts du régime des Mollahs. «Téhéran est un spécialiste de la sous-traitance et recourt régulièrement à des groupes criminels pour éliminer des opposants à l’étranger. Il offre en retour asile et protection à leurs dirigeants», explique au Monde Jason Brodsky, «policy director» de United Against Nuclear Iran, une association américaine à but non lucratif œuvrant contre la nucléarisation de l’Iran.

«Les autorités des pays concernés vont bien arrêter quelques opérationnels, mais ça remonte rarement plus haut. Cette utilisation des réseaux mafieux leur offre ainsi un «plausible denial», la possibilité de nier leur implication de façon plausible. Le bénéfice est largement supérieur au coût», ajoute le chercheur. A ce stade de l’enquête, l’implication de l’Iran n’a cependant pas encore été démontrée. «C’est une affaire extrêmement sensible, car un Etat est potentiellement impliqué et il y a de possibles répercussions diplomatiques, même si nous n’avons à ce stade pas de preuves formelles d’une implication de l’Iran», a confié au Monde une source proche de l’enquête.

Mehrez Ayari aurait été missionné pour le compte de la République islamique par l’intermédiaire de la Mocro Maffia, un cartel de narcotrafiquants basé aux Pays-Bas. Ce groupe criminel, coupable de multiples exécutions, règne sur le trafic de cannabis et de cocaïne en Europe du Nord en collaborant avec des cartels sud-américains.

En plus de Mehrez Ayari, cinq autres personnes ont été interpellées précédemment dans cette enquête. Un Vénézuélien, une Britannique et deux Espagnols sont soupçonnés d’avoir fourni une aide logistique au principal suspect, ainsi qu’une Néerlandaise, accusée notamment d’avoir participé au financement de l’attentat.

«L’affaire Tournesols»

Le Monde relate aussi la «déflagration» au sein de la police française quand leurs collègues espagnols leur apprennent la tentative d’assassinat contre Alejo Vidal-Quadras et l’identité de l’auteur présumé. Les enquêteurs de Versailles le recherchent depuis plus d’un an pour une tout autre affaire. Un mandat d’arrêt international contre le fugitif a même été émis.

Mehrez Ayari est suspecté du meurtre d’un autre petit dealeur de cannabis de 27 ans, commis durant l’été 2022, dans le Val-d’Oise, près de Paris. Le corps de la victime ayant été retrouvé «le dos au milieu des plants d’hélianthes qui l’entourent comme une ronde de soleils jaunes», l’enquête est baptisée «l’affaire Tournesols».

Mehrez Ayari ne va sans doute pas pouvoir revenir de sitôt à Villejuif, la ville où il habitait. La Police néerlandaise souhaite l’entendre au sujet d’une nouvelle affaire de tentative de meurtre «politique» aux Pays-Bas. Les Espagnols, eux, ont de nombreuses questions à lui poser concernant l’attentat contre Alejo Vidal-Quadras. La Police française devra donc attendre avant de pouvoir l’interroger.


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