En Grèce, chaque 1er mai, des gerbes de fleurs sont déposées pour commémorer l’exécution de 200 résistants communistes au stand de tir de Kaisariani, près d’Athènes. De cette atrocité méconnue du reste de l’Europe, une des pires commises en Grèce par l’Allemagne nazie en quatre ans d’occupation, nulle image n’était connue. Jusqu’à une vente sur eBay, samedi 14 février. Des photographies mises en vente par un collectionneur pourraient bien être des images inédites de ce massacre.
L’intérêt de cette découverte est tel pour le pays que le ministère de la Culture a annoncé ce mercredi vouloir déclarer ces clichés patrimoine nationale s’ils s’avèrent véridiques. Lundi, Athènes assurait dans un communiqué qu’«il est hautement probable qu’il s’agisse de photographies authentiques». Athènes enverra d’ici quelques jours des experts à Gand, en Belgique, pour examiner les images. Le cas échéant, la Grèce entamera une procédure judiciaire pour récupérer ces photos, selon la même source.
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Les autorités s’entretiendront également avec le collectionneur de reliques du IIIe Reich qui les a mises en ligne. Selon des médias belges, le collectionneur serait Tim de Craen, qui gère une plateforme commerciale dédiée au régime nazi, appelée «Crain’s Militaria».
«Derniers instants»
L’affaire a rapidement pris de l’ampleur en Grèce, où la mémoire des nombreux massacres commis par les nazis reste vive dans un pays qui leur a opposé une résistance farouche. Peu connue en dehors de la Grèce, l’occupation par les troupes du IIIe Reich, qui a duré de 1941 à 1944, a été parmi les plus sanglantes en Europe, marquée notamment par la famine et l’extermination de 90 % de la communauté juive. L’Armée populaire grecque de libération (Elas), dirigée par les communistes, fut l’une des organisations de résistance les plus actives dans l’Europe occupée.
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Les douze photos montrent «les derniers instants» de 200 résistants communistes grecs fusillés le 1er mai 1944 dans la banlieue d’Athènes, assure le ministère. Ce massacre avait été perpétré par la Wehrmacht en représailles au meurtre d’un général allemand et de son état-major par un peloton de l’Elas, le 27 avril 1944. Au moins deux des hommes figurant sur les images auraient déjà été provisoirement identifiés par le parti communiste grec KKE, qui qualifie le trésor d’«inestimable».
Certaines photos en noir et blanc montrent des groupes d’hommes marchant dans un champ. D’autres les montrent devant un mur du stand de tir. «C’est la première fois que nous avons une image de l’intérieur du stand de tir au moment de l’exécution. […] Un moment majeur pour la résistance grecque», a expliqué l’historien Menelaos Haralambidis sur la chaîne de la télévision publique Ert.
«Cela confirme le témoignage dont nous disposons, à savoir que ces hommes sont allés [à la mort] la tête haute, a ajouté l’expert. Ils ont fait preuve d’un courage incroyable.» Jusqu’à présent, les seuls témoignages provenaient de billets manuscrits lancés des camions qui les emmenaient à l’exécution. «Ma mort ne doit pas vous attrister, mais vous endurcir encore davantage pour la lutte que vous menez», avait écrit l’un des hommes à sa famille, l’avocat Mitsos Remboutsikas.
«Importance nationale exceptionnelle»
Le ministère de la Culture a dans un premier temps souligné que les photographies pouvaient avoir été prises par Günther Heysing, un journaliste rattaché à l’unité de propagande du criminel nazi Joseph Goebbels, avant d’indiquer ce mercredi qu’elles avaient apparemment été prises par un lieutenant de l’armée allemande, Hermann Heuer, qui a également servi en Belgique et en France. «Ce document historique fondamental revêt une importance nationale exceptionnelle et constitue un élément central de la mémoire collective du pays», a réagi le parti de gauche Syriza.
Dans tout le pays, ce sont 250 000 personnes qui ont succombé à la famine durant l’occupation, dont 45 000 à Athènes et au Pirée, le grand port proche. Berlin n’a jamais dédommagé la Grèce pour les atrocités commises et assure que la question a été réglée en 1990 avant la Réunification, par les Alliés (Union soviétique, Etats-Unis, Royaume-Uni, France) et les deux Allemagnes. Il a fallu attendre 2014 et la visite du président allemand d’alors, Joachim Gauck pour qu’un chef d’Etat allemand demande pardon à la Grèce.




