En résumé :
- Un violent incendie, suivi d’une forte déflagration a eu lieu dans le bar le Constellation, à Crans-Montana, une station de ski du canton du Valais, dans la nuit de mercredi à jeudi.
- Les autorités locales évoquent «une quarantaine de personnes décédées et environ 115 blessés, la plupart grièvement».
- Lors d’une conférence de presse, les autorités ont évoqué un phénomène d’embrasement généralisé, et écarté tout attentat terroriste. Selon des témoins, l’incendie aurait été provoqué par une «bougie scintillante» installé sur une bouteille de champagne.
Reportage
Des tulipes, des roses blanches et des petites bougies rouges. Et surtout, un immense silence. Ce jeudi, la stupeur régnait dans les rues de Crans-Montana, la station de ski suisse huppée où l’incendie d’un bar a fait une quarantaine de morts pendant la soirée du réveillon, pour la plupart âgés d’une vingtaine d’années.
L'Europe en soutien de la Suisse
Plusieurs heures après le drame, les réactions internationales se sont multipliées sur le réseau social X. Emmanuel Macron a manifesté sa «solidarité» à la Suisse, ajoutant qu’il s’était entretenu avec le président de la Confédération helvétique, Guy Parmelin. Outre-Rhin, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a déploré «un moment de joie [qui] s’est transformé en tragédie», tandis que la présidente du Conseil italienne, Giorgia Meloni a adressé ses «plus sincères condoléances».
Plusieurs pays dont la France, l’Allemagne et l’Italie se sont annoncés pour accueillir des blessés. Pour soulager les hôpitaux en tension, la Suisse a activé le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, un dispositif qui permet à n’importe quel pays au monde de demander une assistance de Bruxelles lorsque ses capacités de réaction sont dépassées par une situation d’urgence.
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Le 5/7 en Isère, le Kiss au Brésil, le Pulse en Macédoine du Nord… Comme le Constellation, le bar suisse qui s’est embrasé la nuit dernière dans un incendie au bilan encore incertain, d’autres établissements festifs ont été ravagés dans l’histoire récente par des sinistres meurtriers.
La Commission européenne «en contact» avec la Suisse pour apporter une «aide médicale»
La Commission européenne a affirmé ce jeudi être «en contact» avec les autorités suisses afin de leur apporter une «aide médicale» après l’incendie dans de Crans-Montana. La Suisse a activé le mécanisme de protection civile de l’UE, un système grâce auquel n’importe quel pays au monde peut demander une assistance de Bruxelles lorsque ses capacités de réaction sont dépassées par une situation d’urgence.
«J'ai l'impression que c'est un cauchemar»
Pour France Télévisions, un témoin présent dans l’établissement lors du drame raconte avoir vu «les gens en trombe [dans] les escaliers, se bousculer, se pousser. Il y en a qui tombaient, ça criait, ça faisait assez froid dans le dos», décrit Nathan. «On a vu les premiers brûlés traverser la route, les vêtements troués, et demander de l’aide […]. Ils étaient dans des états pas beaux à voir. […] J’ai perdu quatre amis à moi et trois sont encore portés disparus. Je ne réalise pas ce que j’ai vécu. J’ai l’impression que c’est un cauchemar, que je vais me réveiller demain et que je vais récupérer tous mes proches», confie-t-il.
Plusieurs Italiens portés disparus
Environ «une quinzaine d’Italiens» ont été blessés dans l’incendie, et sont actuellement hospitalisés, a déclaré sur la chaîne Rete4 le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani. «A l’heure actuelle, une douzaine, une quinzaine d’Italiens ont été retrouvés dans des hôpitaux. Autant sont portés disparus», a-t-il déclaré dans l’émission Diaro del giorno. Il a précisé que les familles de ces personnes disparues avaient «contacté l’unité de crise et l’ambassade» pour demander des nouvelles de leurs proches. Le ministre a précisé peu après sur la chaîne Sky TG24 que le nombre d’Italiens portés disparus avait grimpé à seize mais que le bilan reste «incertain».
Peu de précisions sur le déroulé des faits
Interrogée à propos des bouteilles de champagne surmontées de bougies et l’étroitesse des escaliers permettant de regagner le rez-de-chaussée depuis le sous-sol, la procureure s’est refusée à répondre avant que l’enquête n’établisse «les circonstances exactes» du drame. «L’enquête sera là pour déterminer si les normes de sécurité ont été respectées.» Elle a avoué également son incapacité à confirmer la nationalité française des propriétaires, donnée par divers médias. Ils seraient originaires de Corse selon l’AFP, de sources concordantes. L’Agence France-Presse rapporte notamment avoir consulté le registre du commerce du canton suisse du Valais, montrant que le Constellation appartient depuis 2015 à un couple présenté comme étant de nationalité française.
La «piste de l'embrasement généralisé» privilégiée
Selon la procureure générale du canton, Béatrice Pilloud, le quartier où s’est déroulé le drame a été fermé pour les besoins de l’enquête. «La piste aujourd’hui privilégiée est celle d’un embrasement généralisé qui a provoqué une déflagration», a-t-elle redit. Plusieurs personnes ont été entendues, mais la procureure n’a donné aucune précision quant à ces témoignages.
Une quarantaine de morts, selon le commandant de la police cantonale
Redonnant la chronologie des faits, le commandant de la police cantonale Frédéric Gisler, détaille : l’incendie a été constaté aux environs de 1 h 30, et l’alarme rouge, «destinée à mobiliser les pompiers», déclenchée à 1 h 32. Gendarmerie, police intercommunale, pompiers de toute la région et secouristes ont ensuite convergé vers Crans-Montana, avant d’acheminer les victimes vers de nombreux hôpitaux. Tous les blessés étaient pris en charge peu après 5 heures du matin. «Nous dénombrons une quarantaine de personnes décédées et environ 115 blessés, la plupart grièvement.» La priorité sera donnée dans les jours qui viennent à l’identification des victimes, qui «pourra prendre plusieurs jours». «Vu le caractère international de la station de Crans, nous pouvons nous attendre à des victimes de nationalité étrangère», a rappelé Frédéric Gisler.
«L’identification des victimes peut prendre du temps»
Le président du canton du Valais Mathias Reynard a pour sa part dit que les autorités faisaient face «à une situation critique, à des blessés graves, à des grands brûlés» et expliqué que «l’identification des victimes peut prendre du temps». Sur les moyens engagés lors de l’intervention, Mathias Reynard a décompté «150 intervenants, 42 ambulances, 13 hélicoptères et trois camions catastrophe». Côté hôpitaux, «35 personnes se sont rendues à l’hôpital par leurs propres moyens, 80 personnes prises en charge par l’Organisation cantonale valaisanne des secours». Parmi ces dernières, «une très grande majorité» ont été définies «comme étant en catégorie critique» «Il est fort probable que des patients soient dans les prochaines heures transférés dans des hôpitaux de pays limitrophes», les hôpitaux locaux étant «dans une très grande tension».
«L’une des pires tragédies que le pays ait connues», pour le président de la Confédération suisse
Pour Guy Parmelin, président de la Confédération suisse, qui s’exprimait lors d’une nouvelle conférence de presse tenue peu après 17 heures, a évoqué «l’une des pires tragédies que [la Suisse] ait connues, […] un drame d’une ampleur inédite, effroyable». Sans dresser de bilan précis, il a rappelé que de nombreuses personnes «se battent encore pour leur vie».
En Italie, Giorgia Meloni «sui[t] de près la situation»
La présidente du conseil italienne, Giorgia Meloni, a adressé sur le réseau social X ses «plus sincères condoléances» suite au «tragique incendie» survenu en Suisse. «Je suis de près la situation afin de recueillir toutes les informations relatives à cet incident et à l’éventuelle implication de nos concitoyens. Je remercie les services de la Protection civile déjà mobilisés et j’exprime ma sympathie aux familles des victimes, aux blessés, aux institutions et à l’ensemble du peuple suisse» , a-t-elle écrit ce jeudi.
Au sous-sol, «il n'y avait pas de sortie de secours»
Sur le site de l’édition suisse de 20 Minutes, un ancien employé du Constellation décrit les lieux : «Il y a la terrasse, un bar au rez-de-chaussée qui peut accueillir une trentaine de personnes. Et un autre bar carré au -1 où il peut y a avoir 150 à 200 personnes. A l’époque, il n’y avait pas de sortie de secours. Juste les escaliers. Il est impossible que tout le monde soit remonté.» Il raconte également que lorsqu’il y travaillait il y a quelques années, l’habitude était de «porter les serveuses sur les épaules quand elles amenaient une bouteille à une table. Une bougie qui fait des étincelles était fixée sur le bouchon pour que tout le monde voie. Elles frôlaient le plafond». Plusieurs témoignages recueillis depuis ce matin évoquent un départ de feu dû à ces pratiques.
«On voyait les gens courir à travers les flammes»
Interviewé par la Radio télévision suisse, Alexis, 18 ans, passait devant le bar alors qu’il commençait à brûler : «On voyait par les baies vitrées les gens courir à travers les flammes. Ils essayaient de casser les vitres avec des chaises du bar. Personne ne pouvait les aider, c’était trop dangereux de s’approcher. Les secours sont arrivés très vite et ont placé les brûlés dans le bar en face.» Toujours auprès de la RTS, Alex, 21 ans, raconte : «Il y a une demi-douzaine de personnes brûlées qui sont sorties du bar. Le Constellation est assez grand mais je voyais très peu de monde dehors. Ça m’a fait froid dans le dos de me dire qu’il y avait peut-être une cinquantaine de personnes qui étaient bloquées au sous-sol.»
Les hôpitaux saturés
Le service des urgences du principal hôpital du Valais étant saturé, des blessés ont été transférés vers différents hôpitaux à travers la Suisse. Plus d’une douzaine de blessés ont été transportés vers l’hôpital universitaire de Zurich, dans le nord de la Suisse, selon l’agence de presse Keystone-ATS, tandis que d’autres ont été envoyées vers des hôpitaux de Lausanne et de Genève. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a quant à lui annoncé sur X que le centre Niguarda de Milan, spécialisé dans le traitement des grands brûlés, était «disponible».
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Il n’y a qu’une chose dont la police suisse était certaine, jeudi 1er janvier à la mi-journée. L’incendie qui a ravagé dans la nuit du nouvel an un bar branché de la station de ski huppée Crans-Montana, dans le Valais, n’est pas la conséquence d’un attentat. Notre récit :
Emmanuel Macron exprime sa «solidarité»
Le président français a manifesté sa «solidarité» avec la Suisse sur X ce jeudi. «Profonde émotion après l’incendie de Crans-Montana, écrit le chef de l’Etat. Mes pensées vont aux familles endeuillées et aux blessés. A la Suisse, à son peuple et à ses autorités, j’adresse la pleine solidarité de la France et notre soutien fraternel.»
Un autre témoin confirme l'origine de l'incendie
Le témoignage d’un autre participant à la soirée, Melko, 19 ans, semble rejoindre le récit donné par deux femmes à BFM TV. Selon le jeune homme, interrogé par le site 24heures.ch, «des engins pyrotechniques installés sur des bouteilles commandées dans la boîte de nuit auraient déclenché un incendie du plafond. Celui-ci se serait embrasé très rapidement, provoquant ensuite des scènes de panique, avec un mouvement de foule vers l’issue de cette salle située en sous-sol, accessible par des escaliers débouchant sur un couloir.»
«En quelques dizaines de secondes, toute la boite de nuit a pris feu»
Deux jeunes femmes présentes au Constellation dans la nuit de mercredi à jeudi affirment à BFM TV que c’est une bougie scintillante placée sur une bouteille de champagne qui aurait enflammé le plafond boisé d’une pièce du sous-sol. «En quelques dizaines de secondes, toute la boîte de nuit a pris feu. On est tous sortis en hurlant et en courant», décrivent-elles auprès de la chaîne d’information.
Un «embrasement généralisé» à l'origine du sinistre
Contrairement à ce qui a été initialement annoncé, le drame n’est pas dû à une explosion, mais à «un incendie qui provoque un embrasement généralisé de l’atmosphère interne de l’établissement», selon Stéphane Ganzer, chef du département de la sécurité du Valais. La forte déflagration qui a retenti est donc la conséquence de l’incendie, et non l’inverse. Le phénomène, connu sous le terme anglais de flashover et particulièrement redouté des sapeurs-pompiers, désigne une inflammation soudaine de tout le gaz contenu dans un espace, sous certaines conditions d’accumulation de chaleur et d’alimentation en oxygène. En 1987, un tel «embrasement généralisé éclair» avait suivi un petit incendie d’apparence annodine dans la station de métro King’s Cross, à Londres. 31 personnes avaient péri dans les flammes.



