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Stratégie

Guerre en Ukraine : la désactivation des terminaux Starlink d’Elon Musk affaiblit la stratégie militaire de Moscou

Le réseau Internet par satellite est utilisé depuis quelques mois par l’armée russe, qui en dote ses drones afin de mener des attaques plus précises et moins détectables par les brouilleurs ukrainiens.

L'armée russe utilise le réseau Starlink qui lui permet de frapper des cibles en mouvement. (Joan Cros /Nur. AFP)
Publié aujourd'hui à 17h47

Un «désastre» pour l’armée russe, qui doit revoir sa stratégie d’assaut. Le ministre de la Défense ukrainien, Mykhailo Fedorov, a annoncé sur Telegram ce jeudi 4 février que les terminaux internet Starlink, utilisés par les forces russes pour frapper l’Ukraine, ont été désactivés. Starlink, réseau Internet par satellite et filiale de SpaceX dirigée par Elon Musk, est largement utilisé depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, notamment comme outil de communication sur le champ de bataille, rapporte le Kiyv Independent, et comme réseau de support aux services publics ukrainiens lors de coupures de courant.

Depuis fin décembre, l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), un centre de réflexion américain, documente l’intégration de systèmes Starlink à des drones d’attaque russes, ce qui en augmenterait leur portée à 500 km. Si l’utilisation de cette technologie d’Elon Musk est normalement interdite dans le cadre d’attaques militaires, Ferodov accusait Moscou le 29 janvier sur X de doter ses drones de Starlink pour voler et frapper «au-dessus des villes ukrainiennes».

Grâce à cette technique, la Russie gagne effectivement un accès à «la majeure partie de l’Ukraine, toute la Moldavie et certaines régions de la Pologne, de la Roumanie et de la Lituanie», selon l’ISW. Permettant une connexion à haut débit entre les militaires et leurs drones, pilotés à distance depuis le territoire russe, Starlink perfectionne ainsi les attaques qui deviennent particulièrement précises et indétectables des brouilleurs ukrainiens.

Dimanche 1er février, à Dnipropetrovsk, des drones russes équipés du système Starlink ont ainsi attaqué un bus en pleine circulation, faisant 15 morts et plusieurs blessés. Quelques jours avant, le 28 janvier, l’attaque de drones russes contre un train en mouvement dans la région de Kharkiv faisait cinq morts et deux blessés. Là où les drones étaient originairement conçus pour frapper des cibles fixes, le système Starlink leur permet donc désormais de suivre - et de frapper - des cibles en mouvement.

«Les Starlink sont HS»

Le ministre ukrainien de la Défense avait annoncé le 29 janvier avoir contacté SpaceX pour réfléchir à une solution. Elon Musk lui a répondu dimanche sur X qu’il «semblerait que les mesures prises pour empêcher l’utilisation non autorisée de Starlink par la Russie aient porté leurs fruits. N’hésitez pas à nous faire savoir si des mesures supplémentaires sont nécessaires». «Les Starlink sont HS», a effectivement constaté l’observateur militaire Andreï Filatov sur son compte Telegram, où il analyse la ligne de front ukrainienne. «Un désastre» pour «l’ennemi», a estimé Serhiy Beskrestnov, conseiller du ministre ukrainien de la Défense.

De son côté, l’Ukraine a par ailleurs annoncé qu’elle constituait une «liste blanche» de tous les terminaux Starlink autorisés à fonctionner sur le sol ukrainien, afin que les terminaux russes puissent être désactivés. Car la désactivation de tous les terminaux sur le sol ukrainien pénaliserait dans le même temps les civils et les infrastructures publiques ukrainiennes, qui se trouveraient privés de réseau Internet de secours, mais aussi certains dispositifs de l’armée ukrainienne qui dépendent de la connexion offerte par la technologie d’Elon Musk.

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