Menu
Libération
Reportage

Iran : «Je n’ai que 25 ans, et deux fois en un an, ma vie a été remise à zéro»

Réservé aux abonnés

Trois semaines après le massacre commis par les autorités iraniennes sur des manifestants, les récits des violences émergent dans un pays paralysé par le choc, le chagrin et l’impuissance.

A Téhéran le 25 janvier. (Majid Asgaripour/WANA. Reuters)
Par
Un journaliste à Téhéran
Publié le 30/01/2026 à 21h00

«J’ai du mal à croire que je suis encore en vie. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. Ce que j’ai vu cette nuit-là m’a rendu incapable de manger ou même de boire pendant deux semaines.» Asghar, 48 ans, a pris part aux manifestations du 8 janvier à Téhéran, réprimées dans le sang par le régime iranien. Trois semaines après l’effroi, il se souvient de cette nuit minute par minute. «Nous sommes d’abord allés sur la place Sadeghieh. La foule était si nombreuse que toute la place était occupée par les manifestants. Puis, soudain, un groupe important d’hommes armés a avancé depuis le sud de la place : un mélange de policiers, de bassidji [les forces paramilitaires iraniennes, ndlr] et d’agents en civil. Ils ont brutalement ouvert le feu et nous nous sommes tous mis à courir. Ils visaient délibérément le haut du corps. J’ai été touché au visage par des balles en plomb, j’étais couvert de sang.»

Avec une quarantaine de manifestants blessés, Asghar trouve refuge dans le parking d’un immeuble voisin. En voyant ses blessures et craignant qu’il perde la vue, un des locataires l’embarque dans son appartement pour tenter de le soigner. Une fois à l’abri, les deux hommes entendent des coups de feu en continu montant du parking. Ils éteignent les lumières et attendent, dans l’angoisse, avant d’oser se risquer hors de l’appartement, plusieurs heures plus tard : «Lorsque nous sommes redescendus, nous avons vu que tous les blessés avaient été tués dans le parking.

Dans la même rubrique