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«Je vais gouverner comme un démocrate socialiste» : Zohran Mamdani lance son mandat à la tête de New York par une fête très politique

Bernie Sanders superstar, hommages aux immigrants traqués par l’administration Trump, promesse d’augmenter les impôts : la cérémonie d’investiture du nouveau maire de New York était truffée de symboles et de sous-entendus.

Zohran Mamdani et son épouse Rama Duwaji à leur arrivée à la mairie de New York, pour la cérémonie officielle de prise de fonction du nouveau maire, le 1er janvier 2026. (SPENCER PLATT/Getty Images via AFP)
Publié le 01/01/2026 à 21h36

The Fugees, Stevie Wonder, Taylor Swift, Jay-Z mais aussi du rap aux sonorités indiennes et des rythmes ougandais pour saluer ses origines familiales. Brièvement connu sous le nom de Mister Cardamom, quand il rêvait de percer dans la musique en 2015, le premier maire «millenial» de New York, Zohran Mamdani, a fait composer une bande-son tout en symboles pour la cérémonie officielle de sa prise de fonction, jeudi 1er janvier.

Il fallait ça pour faire patienter et réchauffer les 4 000 invités installés sur les marches de City Hall par des températures polaires avant une «fête de quartier» longue de sept blocs d’immeubles le long de l’artère de Broadway coupée à la circulation pour l’occasion. Loin de sa moue boudeuse et de ses moufles devenues stars des réseaux sociaux pendant l’investiture de Joe Biden, en janvier 2021, Bernie Sanders, sénateur du Vermont, héraut de l’aile gauche des démocrates et parrain politique de Mamdani, battait ses gants noirs tout sourire sur de la disco puissante.

Avant la cérémonie en plein jour, Zohran Mamdani avait prêté serment sur les coups de minuit lors d’une brève prestation de serment privée sous les voûtes majestueuses de la station de métro désaffectée Old City Hall, d’où est partie en 1904 la première ligne de la ville. Hommage à la classe ouvrière. La prestation de serment, sur un Coran, avait été confiée à Letitia James et c’était là encore tout sauf anodin. La procureure générale de New York est à la fois une intime de Mamdani et l’ennemie personnelle de Donald Trump, qu’elle a poursuivi en justice avant qu’il ne tente de la faire inculper en retour.

«Nous avons choisi le courage et pas la peur»

Devant City Hall, la fête a commencé avec plus de trente minutes de retard avec l’arrivée de Zohran Mamdani, 34 ans, et de son épouse, l’artiste Rama Duwaji, 28 ans, emmitouflés dans leurs gros manteaux de laine. Le jeune maire avouera après la cérémonie qu’il avait placé des chaufferettes à mains au fond de ses chaussures pour résister à la bise glaciale. Alexandria Ocasio-Cortez, élue de New York à la Chambre des représentants, elle aussi membre de l’aile gauche du parti démocrate, s’est chargée de décongeler tout le monde avec son discours d’introduction.

En élisant Zohran Mamdani, tenant d’une ligne à gauche toute, musulman, premier «maire immigrant d’une ville d’immigrants», inconnu début 2025 et devenu depuis la principale figure de l’opposition à Donald Trump, «nous avons choisi le courage et pas la peur», a-t-elle commencé. Sans jamais mentionner le nom du président américain mais citant le standard de Frank Sinatra «New York, New York», «AOC» a élargi la focale et projeté le combat politique au niveau supérieur : «Et si on peut réussir ici, on peut réussir partout» aux Etats-Unis, avant les élections de mi-mandat cruciales de l’automne prochain.

Un à un, les hauts fonctionnaires choisis par Zohran Mamdani ont prêté serment, évoquant tous les rafles à l’aveugle de la police de l’immigration (ICE) et la peur de ceux «qui ont bâti leur vie depuis des décennies à New York et ne savent pas s’ils reverront leurs enfants après leur journée de travail» à cause de l’obsession migratoire de Donald Trump. «Nous protégerons les immigrants de cette ville», a promis Mark Levine, le nouveau contrôleur budgétaire de la ville.

Avant-dernière star du jour, Bernie Sanders, a été accueilli à la tribune par une standing-ovation. «New York, merci d’inspirer notre nation tout entière ! Merci de nous avoir donné d’une côte à l’autre, l’espoir et la vision que nous pouvons créer un gouvernement pour tous et pas juste pour quelques-uns», a lancé l’inventeur de la tournée «Fighting oligarchy» au printemps.

«Les bus gratuits, ce n’est pas radical»

«Nous avons tous entendu les adversaires de Zohran rebaptiser son programme comme radical, communiste et irréalisable. Vraiment ? […] Des crèches à des prix abordables, ce n’est pas radical ! Les bus gratuits, ce n’est pas radical ! Les supermarchés à prix abordables, ce n’est pas radical ! Exiger que les grosses entreprises paient une part juste d’impôts ce n’est pas radical, c’est exactement ce qu’il faut faire», a insisté le sénateur avant de faire prononcer son serment d’investiture à son pupille.

Simple élu du Queens, n’ayant jamais occupé de fonctions exécutives, Mamdani est désormais maire d’une des villes les plus chères du monde - toute sa campagne était axée sur le coût de la vie («affordability») - peuplée de 8,5 millions d’habitants et dotée d’un budget municipal de 115 milliards de dollars. Une ville qu’il veut «réinventer» pour tous et dont il a cité, c’est son pêché mignon, des dizaines de spécialités culinaires, des byrianis aux sandwiches au pastrami, comme autant vitrines gourmandes de cette «magnifique mosaïque» de nationalités qu’est New York.

Après avoir assuré les milieux d’affaires qu’ils pourraient s’entendre et travailler de façon pragmatique, le nouvel édile a prévenu qu’il ne renoncerait pas à son programme : «J’ai été élu en tant que démocrate socialiste et je vais gouverner comme un démocrate socialiste.»

«A partir d’aujourd’hui, nous allons gouverner avec ampleur et avec audace. Nous ne réussirons peut-être pas tout tout le temps mais nous ne pourrons jamais être accusés de manquer de courage, a promis Mamdani. Mes amis, n’ayez crainte : on va continuer le boulot. En fait, le boulot vient tout juste de commencer.»

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