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Contestation

La Belgique entre dans une grève nationale de trois jours contre la «casse sociale» du gouvernement

Depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre de centre droit en février, les syndicats dénoncent les coupes budgétaires «brutales» adoptées face à l’endettement du pays.

Des membres du syndicat belge des cheminots à la gare du Midi, à Bruxelles, ce lundi. (Dirk Waem/AFP)
Publié le 24/11/2025 à 11h27

Ce lundi 24 novembre, une grève des transports publics et des cheminots ouvre le bal en Belgique de trois jours de contestation sociale des réformes socio-économiques du gouvernement. Lancé à l’initiative des trois grands syndicats, engagés dans un bras de fer contre le gouvernement de centre droit du Premier ministre, Bart De Wever, et sa «casse sociale», le mouvement s’organise en trois temps. Ce lundi, l’exploitant des chemins de fer belges, la SNCB, a prévu une circulation limitée à un train sur deux, voire un sur trois selon les lignes. Plusieurs Eurostar reliant Bruxelles à Paris ont également été annulés. Ensuite, tous les services publics – écoles, crèches, administrations ou encore hôpitaux – doivent être concernés par la grève mardi. Avant une grève interprofessionnelle mercredi.

Si l’ampleur des perturbations sur les services publics est incertaine, la grève aura sûrement un effet concret sur le trafic aérien : aucun vol commercial ne décollera mercredi de Bruxelles-Zaventem et Charleroi, les sociétés exploitantes des deux aéroports anticipant un fort taux de grévistes parmi le personnel chargé des contrôles de sécurité.

Nouvel «effort» budgétaire

La Belgique affiche l’un des pires niveaux d’endettement de la zone euro, avec la Grèce, l’Italie et la France, une situation souvent décrite comme «désastreuse» par le Premier ministre. Au pouvoir depuis février, le conservateur flamand réclame au pays un gros effort d’économies et a mis à l’agenda une série de réformes structurelles inédites sur la libéralisation du marché du travail ou les retraites. Mais au bout de dix mois d’exercice, il a surtout à son actif la limitation à deux ans des allocations chômage, adoptée cet été par le Parlement, et peine à transformer l’essai sur les autres gros dossiers.

Après des semaines de discussions houleuses entre les cinq partis de la coalition, un compromis s’est dégagé dans la nuit de dimanche à lundi sur un effort supplémentaire de 9,2 milliards d’euros d’économies d’ici à 2029, là où Bart De Wever réclamait 10 milliards. Une trajectoire pluriannuelle d’économies budgétaires qui prévoit quelques nouvelles recettes, via notamment le doublement de la taxe sur les comptes-titres (qui réunissent les différents actifs financiers d’un investisseur) ou des relèvements de TVA sur certains produits, comme les pesticides, a cité en exemple le Premier ministre. Par ailleurs, à titre symbolique, les rémunérations des ministres et députés ne seront plus indexées sur l’inflation au cours de la législature.

«Travailler aujourd’hui, récolter demain les fruits», a commenté Bart De Wever sur X, en saluant le compromis dégagé par les cinq partis de sa coalition. «On a dû monter un col hors catégories. Tout le monde va sentir un petit peu l’effort qu’on demande», a-t-il aussi fait valoir à la radio publique francophone RTBF.

«Mépris» du Premier ministre

Alors que l’accord survient à l’aube de la mobilisation sociale, le Premier ministre ne voit aucun lien avec le premier jour de grève : «Je n’ai senti aucune pression de l’extérieur. On a simplement travaillé pour faire un accord équilibré», a-t-il déclaré ce lundi matin.

Du côté des syndicats, les trois jours de grève sont un appel à l’ensemble du gouvernement pour «mettre fin au démantèlement social». Le syndicat socialiste FGTB a accusé le Premier ministre de faire preuve de «mépris» et de «manque de respect» vis-à-vis de ce mouvement social.

Et ce n’est pas le premier mouvement de grève de 2025 : les syndicats ont lancé de nombreux appels à la mobilisation depuis l’installation du gouvernement De Wever, dont la participation a fluctué. L’une des manifestations les plus importantes a eu lieu mi-octobre, quand des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Bruxelles contre des coupes budgétaires jugées «brutales».

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