«Un climat de surveillance et d’intimidation» instauré autour de Jamal Khashoggi, journaliste critique du pouvoir saoudien, quelque temps avant sa mort, et alimenté par le logiciel espion Pegasus. C’est ce que décrivent les avocats de sa veuve, qui a déposé plainte ce lundi auprès du procureur de la République de Paris pour «atteintes à un système de traitement automatisé de données, atteintes à la personnalité et recel de ces mêmes infractions». Hanan Elatr Khashoggi, dit ainsi avoir vu à l’époque «ses téléphones portables être infectés par le logiciel espion Pegasus», propriété de la société israélienne NSO, accusée depuis plusieurs années d’avoir permis la surveillance de militants, journalistes et opposants par différents gouvernements.
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«Impensable de ne pas établir un lien» avec son assassinat
La veuve du journaliste, qui vit aux Etats-Unis où elle a obtenu l’asile politique, assure avoir pu obtenir confirmation que ses deux téléphones avaient été infectés par Pegasus en avril 2018. Ces derniers ont été expertisés par The Citizen Lab, une section de l’université canadienne de Toronto spécialiste des questions de technologies et droits de l’Homme.
Jamal Khashoggi a été tué le 2 octobre 2018 dans le consulat saoudien d’Istanbul en Turquie, par des agents venus d’Arabie saoudite. Son corps, démembré, n’a jamais été retrouvé et un rapport d’enquête des Nations unies a conclu à la possible commission d’actes de torture. Pour les avocats d’Hanan Elatr Khasoggi, Mes Bourdon et Brengarth, «il est impensable de ne pas établir un lien entre cette interception et les agissements ayant conduit à l’assassinat» de son époux.
Une surveillance sur le territoire français
Selon eux, l’Arabie saoudite a ainsi utilisé ce logiciel «pour surveiller, contrôler et museler les opposants politiques, journalistes et défenseurs des droits de l’Homme qui critiquent le régime en place» à Riyadh. L’interception illicite de données «a notamment eu lieu sur le territoire français où [Hanan Elatr Khashoggi] se rendait fréquemment dans le cadre de son travail» d’hôtesse de l’air.
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Sept ans après la mort de Jamal Khashoggi, «les responsables saoudiens aussi bien que les dirigeants de l’entreprise NSO ayant commercialisé le logiciel demeurent impunis», dénoncent aussi Mes Bourdon et Brengarth, qui demandent à la justice française d’ouvrir une enquête.




