Black-out à répétition. Depuis octobre 2024, Cuba a subi cinq coupures de courant géantes, dont certaines ont duré plusieurs jours, plongeant toute l’île communiste dans le noir, notamment à cause de problèmes sur la centrale électrique Antonio Guiteras, la plus grande du pays. Cette semaine, c’est l’est de l’île qui s’est éteint mercredi 5 février. Une à une les provinces de Holguín, Granma, Santiago de Cuba et Guantánamo ont été reconnectées au réseau électrique national, après une panne dans la sous-station Holguin 220 kV.
La population subit aussi de très longs délestages quotidiens qui se sont aggravés depuis la chute, début janvier, du président vénézuélien Nicolás Maduro, un allié de La Havane, et la fin des envois de pétrole de Caracas à destination de l’île sous embargo américain. La situation pourrait encore empirer après la signature par le président américain Donald Trump d’un décret disposant que les Etats-Unis pourraient frapper de droits de douane les pays vendant du pétrole à La Havane. Pour justifier cette politique de pression, Washington invoque une «menace exceptionnelle» que ferait peser Cuba, située à seulement 150 km des côtes de la Floride, sur la sécurité nationale américaine.
«Comme il n’y a jamais de courant, je ne savais même pas que c’était général», a raconté Isabel, 28 ans, jeudi à l’AFP, depuis Santiago de Cuba, la deuxième ville du pays. Cuba est en proie depuis cinq ans à une profonde crise économique, avec un manque cruel de devises, et le système électrique vétuste souffre d’avaries fréquentes et de pénuries de combustible. Les huit centrales électriques du pays ont presque toutes été inaugurées dans les années 80 et 90. Elles tombent régulièrement en panne ou doivent être arrêtées pour de longues semaines de maintenance. L’installation récente de 30 parcs photovoltaïques, soutenue par la Chine, sur les 52 prévus pour cette année, n’a pas permis pour l’heure de faire diminuer les coupures.
Interrogé par Libération, un historien franco-cubain dont la famille vit toujours sur l’île, dans la petite province de Las Tunas, raconte que des Cubains sont «exténués, terrorisés et méfiants». Et un gouvernement qui, dans un climat de tension extrême entre les Etats-Unis et les pays latino-américains, perd en crédibilité à chacune des pannes géantes d’électricité. Selon ce spécialiste de l’image de Cuba qui a souhaité garder l’anonymat pour ne pas porter préjudice à sa famille, les Cubains veulent un changement de régime «jusqu’à parfois même souhaiter l’annexion de l’île pour le meilleur et pour le pire». Après l’intervention américaine au Venezuela, il estime que «les prochaines semaines vont être décisives» pour son île natale.




