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Libé des auteur·es jeunesse

A Gaza, la poétesse Neama Hassan et sa bibliothèque mobile au secours de l’imaginaire des enfants

Dans l’enclave palestinienne meurtrie, l’autrice sauve des livres des bombardements et, grâce aux dons qui viennent compléter ses efforts, permet aux plus jeunes de s’évader.

Avec d'autres femmes, Neama Hassan s'est efforcée de maintenir pour les enfants la possibilité de lire, d’écrire, de dessiner, de jouer, d’entendre et de faire de la musique. (DR)
Par
Sarah et Sandra du collectif de la BaaM
Publié le 26/11/2025 à 14h29

Cet article est tiré du Libé spécial auteur·es jeunesse. Pour la septième année, Libération se met aux couleurs et textes de la jeunesse pour le Salon du livre de Montreuil qui ouvre ses portes le 26 novembre. Retrouvez tous les articles ici.

Neama Hassan est une poétesse palestinienne de Gaza (Sois Gaza, traduit par Souad Labbize, publié aux éditions Les Lisières, 2025). Elle a toujours travaillé auprès des enfants. Pendant chacune des guerres qui ont frappé l’enclave, sa préoccupation première a été de maintenir pour les enfants la possibilité de lire, d’écrire, de dessiner, de jouer, d’entendre et de faire de la musique. Avec d’autres femmes, elle leur proposait des moments de lecture et d’expression, et pour cultiver leurs capacités d’imagination et de création. C’est ce qu’elle a encore fait au cours de cette dernière guerre alors qu’elle était elle-même déplacée à Khan Younès.

A Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, elle vivait à côté d’une école qui a été bombardée, et avec elle la petite bibliothèque. Les livres se sont retrouvés éparpillés, déchiquetés, sur les trottoirs. Neama a rassemblé ce qu’il était encore possible de rassembler, a réparé ce qui pouvait être réparé et a emmené ce modeste fonds, dans tous ces déplacements. Depuis, 300 enfants fréquentent sa bibliothèque, enrichie par des dons qui lui ont été faits après un post sur les réseaux sociaux, notamment ceux du plus grand libraire de Gaza, Samir Mansour.

Soit Neama se déplace, de tente en tente, soit les enfants viennent dans la sienne, 25 chaque jour. En plus des livres, il y a des manuels d’apprentissage de la lecture et de l’écriture, des petits jeux, des puzzles, de quoi dessiner, de la musique. Quelques fois des moments de cinéma, une chorale. Tout un groupe de bénévoles, d’enseignants, de professionnels de la psychologie de l’enfant permettent à cette bibliothèque mobile d’exister et de perdurer. Certains enfants ne sont jamais à l’école, pour d’autres, le lien avec l’école est rompu, alors l’entretenir avec la lecture est capital. Parce que, selon Neama et ses alliés, le livre est un objet qui peut absorber les affects négatifs de l’enfant et qui peut entraîner son imaginaire vers d’autres réalités, vers d’autres émotions. A chaque rendez-vous, souvent entre 16 heures et 18 heures, après les activités scolaires, il y a aussi de quoi manger. Parce qu’un enfant au ventre vide ne peut pas se concentrer, ne peut pas lire, rire, jouer.

La bibliothèque contient aussi quelques romans pour ados et adultes. Il est possible d’en emprunter et ce sont surtout auprès des femmes que les livres circulent. De son côté, Neama a toujours pris soin de ces livres coûte que coûte. Elle les a préservés précieusement même quand il n’y avait plus de quoi allumer un feu pour faire le thé ou à manger, persuadée de leur valeur.

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