Tout le monde a «intérêt à ce que la situation humanitaire s’améliore à Gaza, y compris Israël», estime la présidence française à la veille de la conférence qu’organise Emmanuel Macron sur le sujet. L’ONU estime les besoins en aide pour la population de Gaza et la Cisjordanie à 1,2 milliard de dollars jusqu’à fin 2023. La conférence humanitaire de Paris voulue par le président français vise ainsi aboutir à une évaluation partagée de la situation et à «mobiliser tous les partenaires et les bailleurs pour répondre à ces besoins», détaille un conseiller d’Emmanuel Macron.
«La France y contribuera», avec «une augmentation très sensible de ses contributions à la fois financière et en nature» qui doit être dévoilée ce jeudi, a-t-il ajouté. Elle travaille également, aux niveaux national et européen, à l’accueil de «malades» et «blessés» palestiniens.
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L’autre objectif, encore vague, est «opérationnel», insiste-t-on à Paris. Emmanuel Macron, qui doit ouvrir la conférence dans un discours public, «espère des résultats tangibles», notamment pour «rendre efficaces» les multiples initiatives déjà annoncées mais bloquées par le siège israélien et la poursuite des combats. «Ce n’est un secret pour personne que l’accès aujourd’hui est difficile à Gaza.» L’armée israélienne y mène parallèlement depuis un mois des frappes incessantes, de même que des opérations militaires terrestres. Les appels à des «pauses», à une «trêve», voire à un «cessez-le-feu» se sont multipliés ces dernières semaines pour faciliter l’accès de l’aide et aider à la libération de plus de 240 otages enlevés par le Hamas le 7 octobre. Mais Israël est resté inflexible à ce jour, poursuivant son offensive pour «détruire» le mouvement islamiste. Il s’agit donc de «travailler avec l’ensemble des participants et aussi avec Israël» pour «permettre l’amélioration de l’accès», a-t-on expliqué dans l’entourage du chef de l’Etat. Pour rappel, le seul point de passage vers Gaza qui n’est pas tenu par Israël est à Rafah et est contrôlé par l‘Egypte.
Pas de déclaration commune
Si le gouvernement israélien ne sera pas représenté à l’Elysée ce jeudi matin, le président français s’est entretenu mardi avec le Premier ministre Benjamin Nétanyahou et doit lui reparler à l’issue de la conférence humanitaire. Emmanuel Macron a également eu des conversations téléphoniques mardi avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et l’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, dont les pays jouent un rôle clé dans toute tentative d’améliorer l’accès de l’aide dans la bande de Gaza.
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Parmi les présents : l’Autorité palestinienne, qui sera représentée par son Premier ministre. L’Egypte doit envoyer une délégation ministérielle. Le président de Chypre, Níkos Christodoulídis, qui tente de mettre en place depuis son île méditerranéenne un couloir maritime humanitaire évoqué il y a deux semaines avec Emmanuel Macron à Bruxelles, sera à Paris pour faire avancer ce projet. Les Premiers ministres grec, irlandais et luxembourgeois seront aussi à la conférence, ainsi que les présidents du Conseil et de la Commission européenne, Charles Michel et Ursula von der Leyen. La sous-secrétaire américaine pour la Sécurité civile, Uzra Zeya, fera également le déplacement.
A l’issue de la conférence, il n’y aura toutefois pas de déclaration commune. Le but, ne «pas tomber» dans un débat interminable «sur un mot ou un autre». Et une source diplomatique européenne de glisser : «Paris insiste sur un caractère strictement pragmatique, opérationnel, humanitaire, ils ne veulent pas que depuis l’Elysée cette conférence se transforme en plateforme de condamnation d’Israël.»