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Amnesty International qualifie pour la première fois les attaques du 7 Octobre de «crimes contre l’humanité»

L’ONG révèle ce mercredi 10 décembre une enquête dont les conclusions dépassent la qualification de crimes de guerre qu’elle utilisait jusqu’ici. Elle appelle également à stopper ce qu’elle désigne comme un génocide en Palestine.

Lors d'un hommage aux victimes des attaques du 7 Octobre, sur le site du festival Nova, à Re'im, le 29 novembre 2023. (Menahem Kahana/AFP)
Publié le 10/12/2025 à 0h01, mis à jour le 11/12/2025 à 18h57

Le rapport ne laisse plus de place au doute. L’ONG Amnesty International annonce, ce mercredi 10 décembre, qu’elle qualifie pour la première fois de «crimes contre l’humanité», et plus seulement de «crimes de guerre», «les atrocités commises par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens le 7 octobre 2023».

Basé notamment sur 70 témoignages, le rapport rendu public par l’organisation établit que les groupes armés ayant commis les attaques ont délibérément pris les victimes civiles pour cible, se livrant à des atrocités parmi lesquelles des exécutions, des violences psychologiques et sexuelles ou des prises d’otages ensuite torturés et pour certains exécutés.

Amnesty International, qui dénonce un «mépris abject pour la vie humaine», explique pouvoir conclure pour la première fois au qualificatif de crimes contre l’humanité car ceux-ci ont été «commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre une population civile». L’ONG rappelle par ailleurs qu’environ «1 200 personnes ont été tuées – plus de 800 d’entre elles étaient des civils, dont 36 enfants» et que «les victimes étaient majoritairement des Israéliens juifs, mais aussi des citoyens bédouins d’Israël, ainsi que des dizaines de travailleurs migrants étrangers, des étudiants et des demandeurs d’asile». Outre ces morts, «plus de 4 000 personnes ont été blessées, et des centaines de maisons et de structures civiles ont été détruites ou rendues inhabitables».

«Attaque systématique et généralisée»

Au-delà de l’observation de ces chiffres, Amnesty International affirme avoir analysé «des schémas d’attaque, des preuves et du contenu spécifique des communications entre combattants pendant l’attaque, ainsi que des déclarations du Hamas et des dirigeants d’autres groupes armés». Ce travail de décryptage lui a ainsi permis de conclure que «les crimes commis par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens lors de leurs attaques du 7 octobre 2023 et contre les personnes prises en otages étaient partie intégrante d’une attaque systématique et généralisée contre la population civile et constituent des crimes contre l’humanité», selon la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard.

En détail, l’enquête d’Amnesty conclut que les responsables des attaques perpétrées il y a plus de deux ans ont commis une multitude de crimes s’apparentant à des crimes contre l’humanité : «meurtre» ; «extermination» ; «emprisonnement ou autre privation grave de liberté physique en violation des règles fondamentales du droit international» ; «disparition forcée» ; «torture» ; «viol ou toute autre forme de violence sexuelle de gravité comparable» et d’autres «actes inhumains».

«Génocide» de la part d’Israël

Et l’ONG, qui appelle à condamner les attaques commises le 7 Octobre, de souligner que «le bilan effroyable d’Israël en matière de violations contre les Palestiniens – incluant des décennies d’occupation illégale, d’apartheid et son génocide en cours à Gaza – ne peut en aucun cas excuser ces crimes. Il n’exonère pas non plus les groupes armés palestiniens de leurs obligations en droit international».

Car avant cette requalification des faits perpétrés par le Hamas, Amnesty International avait déjà considéré qu’Israël commettait un génocide contre les Palestiniens à Gaza. Selon une enquête publiée début décembre 2024, l’organisation dénonçait des actes commis malgré leur interdiction par la Convention de 1948 sur le génocide «dans l’intention spécifique de détruire la population de Gaza». L’ONG appelle donc à faire juger l’ensemble des responsables, de toutes parts, devant la justice internationale, et plaide pour une paix durable au Moyen-Orient.

«Les horreurs perpétrées par le Hamas et des civils palestiniens le 7 Octobre et par la suite sont si graves que même une organisation biaisée comme Amnesty International n’a pas pu les ignorer», a réagi sur X le porte-parole des Affaires étrangères israélien, Oren Marmorstein, reprochant à l’ONG de défense des droits de l’homme d’avoir mis «plus de deux ans […] pour aborder la question des crimes odieux du Hamas».

Dans un communiqué paru dans la journée, le Hamas a pour sa part disqualifié l’enquête d’Amnesty. «Le fait que le rapport reprenne les mensonges et les allégations du gouvernement d’occupation [Israël, ndlr] concernant le viol, la violence sexuelle et les mauvais traitements infligés aux prisonniers, prouve sans laisser place au doute que l’objectif de ce rapport est l’incitation et la diffamation de la résistance», a déclaré le mouvement islamiste.

Mise à jour à 18 h 55 avec la réaction du Hamas.
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