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Réaction

Après des propos jugés «outranciers» envers Israël, la France appelle à la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens

Lors d’une conférence, organisée à Doha par la chaîne Al Jazeera, samedi 7 février, Francesca Albanese avait évoqué un «ennemi commun» ayant permis un «génocide» à Gaza.

La rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, lors d'une conférence à l'université Roma Tre, à Rome, en Italie, le 6 octobre 2025. (Remo Casilli/Reuters)
Publié le 12/02/2026 à 16h25, mis à jour le 12/02/2026 à 17h11

La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, réclame la démission de la rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, après des propos tenus lors d’une conférence samedi, a affirmé mercredi 11 février le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Elle a été rejointe par l’Allemagne dans l’après-midi.

«La France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables de Mme Francesca Albanese qui visent, non pas le gouvernement israélien dont il est permis de critiquer la politique, mais Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable», a déclaré le chef de la diplomatie française, devant les députés.

Intervenant en visioconférence samedi lors d’un forum organisé à Doha par la chaîne Al Jazeera, Francesca Albanese a évoqué un «ennemi commun» ayant permis, selon elle, un «génocide» à Gaza. «Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’aient armé, lui aient fourni des excuses politiques, un parapluie politique ainsi qu’un soutien économique et financier, est un défi», a-t-elle affirmé. «Nous qui ne contrôlons pas de vastes capitaux financiers, ni les algorithmes, ni les armes, constatons désormais qu’en tant qu’humanité, nous avons un ennemi commun», a-t-elle ajouté.

«Une militante politique»

Jean-Noël Barrot a estimé que les propos de Francesca Albanese «s’ajoutent à une longue liste de prises de position scandaleuses, justifiant le 7-Octobre, pire massacre antisémite de notre histoire depuis la Shoah, évoquant le lobby juif ou encore comparant Israël au Troisième Reich». Le chef de la diplomatie l’a accusée d’être une «militante politique» agitant «des discours de haine qui desservent la cause du peuple palestinien qu’elle entend pourtant défendre et des Nations unies.» Et le ministre de dénoncer, en réponse à la question de la députée du camp présidentiel Caroline Yadan qu’«en aucun cas et d’aucune manière, Mme Albanese ne peut s’exprimer en leur nom. Elle trahit leur esprit». La veille, la députée et une vingtaine d’autres élus avaient réclamé par courrier au ministre que Francesca Albanese soit «déchue de tout mandat onusien avec effet immédiat» après ses propos.

Dans un entretien à la chaîne France 24 enregistré mercredi, avant les déclarations du ministre français des Affaires étrangères, la rapporteuse spéciale a dénoncé des «accusations tout à fait mensongères» et une «manipulation» de ses propos. «Je n’ai jamais, jamais, jamais dit : “Israël est l’ennemi commun de l’humanité.” J’ai parlé des crimes d’Israël, de l’apartheid, du génocide et j’ai condamné comme l’ennemi commun le système qui ne permet pas d’amener en justice et d’amener à une cessation des crimes d’Israël.»

Signalement pour «diffusion de fausses nouvelles»

En réaction à la condamnation du Quai d’Orsay, une association française de juristes a annoncé jeudi adresser un signalement au procureur de la République de Paris pour «diffusion de fausses nouvelles», estimant que les propos avaient été «frauduleusement» attribués à Francesca Albanese. Selon Juristes pour le respect du droit international (Jurdi), ces accusations «constituent une atteinte grave au principe d’indépendance des mécanismes onusiens et soulèvent la question de la diffusion d’informations manifestement inexactes par des autorités publiques».

«Le ministre Barrot déforme les faits et dénature l’ensemble du travail de la rapporteuse spéciale de l’ONU. S’il a été mal informé, alors il devrait retirer ses accusations et présenter des excuses», a insisté Daniel Levy, ancien diplomate israélien et président du think tank US Middle East Project, auprès du Monde.

Des parlementaires et responsables écologistes ont également adressé jeudi un courrier au ministre des Affaires étrangères, lui demandant de «clarifier» sa déclaration et de «revenir sur l’appel à la démission» de Francesca Albanese.

Le porte-parole du Quai d’Orsay a toutefois souligné jeudi que «la France a eu, à de multiples reprises, l’occasion de s’inquiéter des prises de position de Madame Albanese sur les dernières années». «C’est l’ensemble de ses propos qui fait que le ministre appelle à sa démission», a affirmé Pascal Confavreux en rappelant que, si les dernières déclarations de madame Albanese sont «inacceptables», le ministre n’avait pas «cité cette phrase-là [sur un «ennemi commun», ndlr] dans l’hémicycle».

Mise à jour le 12 février à 17 h 11 avec la réaction de Jurdi.

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