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Coup de pression

Donald Trump enjoint au président israélien de gracier Benyamin Nétanyahou, accusé de corruption

Le président américain qualifie ces accusations de «poursuites politiques injustifiées» dans une lettre adressée à Isaac Herzog, a annoncé la présidence israélienne ce mercredi 12 novembre.

Donald Trump en Virginie (Etats-Unis), le 11 novembre 2025. (Brendan Smialoski/AFP)
Publié le 12/11/2025 à 13h17

Charmante correspondance. Le président israélien Isaac Herzog a reçu une lettre du président américain Donald Trump, l’exhortant à envisager d’accorder une grâce au Premier ministre Benjamin Nétanyahou, a déclaré ce mercredi 12 novembre le bureau du président.

«Bien que je respecte absolument l’indépendance du système judiciaire israélien et ses exigences, je pense que cette “affaire” contre Bibi, qui a longtemps combattu à mes côtés, notamment contre l’adversaire très coriace d’Israël, l’Iran, est une poursuite politique injustifiée», écrit le président dans le courrier dans un art consommé de la prétérition, figure de style consistant à faire ce qu’on n’avait pourtant assuré qu’on ne ferait pas.

Trump n’en n’est pas à sa première tentative d’ingérence dans les affaires israéliennes : lors de son discours à la tribune du Parlement israélien (la Knesset) le 13 octobre, il avait directement interpellé son homologue israélien : «J’ai une idée. Monsieur le président, pourquoi ne pas lui accorder une grâce ? Ce passage n’était pas prévu dans le discours […] mais j’aime bien ce monsieur […]. Qu’on le veuille ou non, il a été l’un des plus grands présidents [Benyamin Nétanyahou est Premier ministre, ndlr] en temps de guerre.»

«Corruption, fraude et abus de confiance»

Le soutien de Donald Trump, artisan de l’accord de cessez-le-feu en place depuis le 10 octobre, ne pourra pas faire de mal au dirigeant israélien. Pour repousser la tenue de son procès qui s’est ouvert en 2020, Benyamin Nétanyahou a tantôt invoqué le Covid, la guerre à Gaza ou en Iran, son état de santé, et n’a pas hésité à faire pression sur les magistrats. Le Premier ministre et son épouse sont accusés de «corruption, fraude et abus de confiance» : ils auraient accepté des cadeaux somptueux parmi lesquels des voyages, des bijoux, ou encore des places de concerts de la part de milliardaires, dont le producteur hollywoodien Arnon Milchan (Pretty Woman, Fight Club).

Le tout équivaut à un montant d’un million de shekels (environ 230 000 euros), et ce en échange de cadeaux fiscaux et d’un coup de pouce pour obtenir un visa américain. La famille Nétanyahou ne nie pas l’existence des cadeaux, mais assure qu’il s’agit seulement de témoignages d’amitié entre proches - et a formellement exclu la possibilité de démissionner.

Dans une autre tentative de se soustraire aux poursuites, Benyamin Nétanyahou avait tenté d’imposer en 2023 une réforme de la justice particulièrement contestée. Ce projet de loi, que le juriste David Khafla décrivait dans Libération comme un «coup d’Etat institutionnel», avait engendré une mobilisation sans précédent en Israël ; ses mesures phares avaient finalement été invalidées par la Cour suprême. Peut-être l’appui de Trump lui sera-t-il plus favorable.

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